Vendredi dernier à Saint-Médiers. Des habitants du village sont réunis chez Jean-François Pernin. Il y a comme des airs de réunion de crise. Et pour cause. Voilà un mois que certains d'entre eux sont privés de téléphone fixe.
Le record revient au couple Ferrand, qui a pu passer son dernier appel... le 11 août. Depuis, plus rien. Pas de tonalité, l'écran du téléphone ne donne plus aucune indication. Et les choses ont failli mal tourner pour ce couple âgé. Raymond, 90 ans, est malade. Il est sous respiration artificielle. Dans la nuit du 8 septembre, il est tombé de son lit. Huguette, son épouse, a dû se rhabiller en catastrophe et partir en pleine nuit dans le hameau, pour prévenir sa belle-fille, qui habite à quelques centaines de mètres de là. Un parcours éprouvant pour la dame âgée de 84 ans, qui, sous le coup de l'émotion, en a oublié sa canne. L'histoire s'est bien terminée, fort heureusement. Mais sans téléphone fixe, ni téléphone portable (« je ne saurai pas m'en servir », assure Huguette), le couple aurait du mal à prévenir les secours. Et est donc potentiellement en danger. Sa belle-fille et son fils ont dû sacrifier leurs vacances du mois d'août pour rester auprès de Huguette et de Raymond.
Jean-François Pernin, fringant retraité, n'a plus entendu la sonnerie de son téléphone retentir depuis la mi-août. S'il n'avait pas l'impression d'être mené en bateau depuis un mois, il s'amuserait presque de la situation. « France Telecom se fout du monde ! On peut comprendre qu'il y ait des pannes ou des travaux. Mais il est inadmissible de ne pas prévenir les gens ». En effet, ces habitants ont été mis devant le fait accompli. Si aucune information préalable n'a été diffusée auprès de ces abonnés, ils ont été tenus au courant de l'évolution de la situation par SMS interposés. Et chacun d'exhiber les SMS reçus comme autant de trophées. Michèle, la belle-fille du couple Ferrand, nous montre son portable. On y lit : « retour à la normale fin août », « le rétablissement de votre ligne aura lieu au plus tard le 24 août », ou encore plus drôle, « votre ligne est rétablie ». Mais c'est sans conteste Jean-François Pernin qui tient le haut du pavé avec « Orange vous informe que votre service fonctionne à nouveau sur votre ligne 03 22... ». Un numéro de téléphone qui appartient à un abonné demeurant à Amiens !
Quelle solution ?
Pour Jean-François Pernin, avoir un téléphone portable n'est pas la solution. « Nous payons pour un service ! ». Et pour protester, il entend bien ne pas s'acquitter de sa prochaine facture. « J'ai écrit au préfet, au député, au conseiller général et au maire. Un État moderne ne peut pas accepter ce qui se passe ».
Plus le temps passe et plus Michèle envisage l'achat d'un téléphone portable spécialement adapté aux personnes âgées pour ses parents. Elle sait déjà qu'elle ne pourra pas se le faire rembourser.
Ces problèmes de téléphone, Christian Gesbert, responsable de la communication à la direction régionale de France Telecom, en est conscient. Voilà pourquoi des travaux ont débuté il y a quelques semaines pour remplacer plusieurs tronçons du câble de transport et de distribution qui relie Uzès à Montaren. Le câble a été mis à rude épreuve par les racines des platanes qui jalonnent les deux communes. Le responsable met en avant la longueur et la complexité du chantier pour expliquer le retard pris par les travaux. « Nous progressons dizaines de mètres par dizaines de mètres sur un câble qui n'est pas loin du kilomètre. C'est un travail minutieux. À chaque changement de tronçon, il faut rétablir la continuité du conduit ». Si aucune mauvaise surprise ne se manifeste de nouveau sur le chantier, Christian Gesbert table sur un retour à la normale à la fin de la semaine.
Ces clients auront-ils droit à un geste commercial pour compenser la gêne occasionnée ? « Ils doivent formuler leur demande auprès de leur agence. Nous étudierons cela avec bienveillance ».
Christophe Gazzano
(Article paru dans Le Républicain d'Uzès n°3338, du 15 septembre 2011)
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