S’il est un métier qui ne laisse pas indifférent, c’est bien celui de sourcier. À Vers-Pont-du-Gard, Honoré Lapalud pratique cette activité depuis une trentaine d’années. Quelle est sa méthode pour trouver de l’eau ? Est-ce réellement efficace ? Éléments de réponse.
«Sourcier, c'est comme faire du vélo : il faut le don de l'équilibre, de la volonté, de la maîtrise et surtout pratiquer souvent », peut-on lire sur le site de l'Association des sourciers du Languedoc-Roussillon.
Voilà un constat que ne viendra certainement pas contredire Honoré Lapalud. Cet homme de 84 ans, habitant de Vers, est sourcier depuis plus de trente ans. Autant dire qu'en terme de pratique, il s'y connaît.
Sur le terrain
Pour nous prouver son savoir-faire, l'homme a choisi de nous mener dans la garrigue de Vers-Pont-du-Gard. Muni de son pendule (trois billes de roulement : petite, moyenne et grande), sitôt sorti de la voiture qui l'a conduit sur place, il se met en action. Autrement dit, Honoré avance, droit devant, toujours dans le sens nord/sud (il suit le sens de circulation de l'eau, de la montagne vers la mer) jusqu'à ce que son pendule remue.
ça bouge !
100 mètres plus tard, l'instrument commence à tourner de plus en plus. Honoré s'arrête net. Il nous tend alors son petit sac rempli de cailloux. « Versez m'en un par seconde dans la main », nous enjoint-il. Nous nous plions volontiers, mais non sans étonnement, à l'exercice. Quinze cailloux plus tard, le pendule continue de tourner et Honoré Lapalud est toujours aussi concentré. Au bout de vingt-trois cailloux versés dans la main du vieil homme, le pendule ralentit enfin. Avant de s'arrêter net. « À cet endroit, l'eau se situe à vingt-trois mètres de profondeur », déclare Honoré, catégorique, et pas peu fier de son petit effet. Devant notre scepticisme, il consent à en dire un peu plus. « Un caillou correspond à un mètre de profondeur ». Il ajoute : « Le sourcier, donc quelqu'un qui a la capacité de trouver de l'eau, est une personne qui ressent l'électricité statique contenue dans l'eau qui circule sous terre. Mon pendule, qui est en fer, réceptionne l'électricité en provenance du sol ». Ce qui explique l'agitation de l'instrument. Mais le pendule n'est pas le seul à réagir à l'approche d'un cours d'eau. Le corps d'Honoré aussi. « Je ressens des frissons ». Pour détecter l'eau, tout ne serait donc qu'une question d'électricité statique. Élément que l'homme dit ne pas craindre. « Quand je fais des travaux, je n'ai pas besoin de couper le courant. J'ai déjà attrapé le jus et je ne suis pas tombé dans les pommes pour autant ».
Baguette ou pendule ?
Dans l'imaginaire populaire, le sourcier est souvent représenté muni d'une baguette de noisetier en forme de fourche. Honoré, lui, se démarque puisqu'il a toujours utilisé un pendule. « La baguette n'est pas aussi précise, se justifie-t-il. On ne peut pas par exemple estimer la profondeur à laquelle se situe l'eau ». L'avantage du pendule, surtout en fer, c'est qu'il n'est pas perturbé en cas de fort mistral. Honoré en garde même un deuxième sur lui, plus léger et de fabrication moins artisanale, qu'il sort lorsque le temps le lui permet. Soit. Mais lui est-il déjà arrivé de se tromper ? « Jamais », affirme-t-il. Sa réputation ne semble donc plus à faire. Le bouche à oreille a fait son œuvre et l'homme est souvent sollicité. Baux de Provence, Mont Ventoux, Nîmes... Honoré parcourt le Sud de la France. Les qualités requises pour un sourcier ? « Il est nécessaire de connaître le sens de circulation de l'eau. De plus, il faut savoir se repérer dans l'espace ». Mais selon lui, devenir sourcier ne s'apprend pas. Cela doit être inné. « Il faut avoir un fluide, être capable de réceptionner l'électricité statique. J'ai essayé avec mes gendres, sans succès. Par contre, cela a parfaitement fonctionné avec une jeune fille ». Comment donc savoir si l'on a le potentiel pour devenir sourcier ? « Le mieux est de venir me voir directement », conclut Honoré.
Christophe Gazzano
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