À Arpaillargues, l’atelier privé de Jacques Bervillé accueille des artistes du monde entier qui viennent y produire des lithographies. Un savoir-faire devenu de plus en plus rare et une technique bien particulière, qui permet de mettre une œuvre davantage en valeur.
Il reste moins d'une vingtaine d'ateliers de lithographie en Europe et seulement six en France. Parmi eux, celui de Jacques Bervillé à Arpaillargues. « C'est l'histoire d'une passion avant tout. Je suis issu de l'imprimerie, j'ai pu récupérer des vieilles machines de 1850 et depuis, je travaille avec, pour produire des artistes que j'aime. C'est une activité privée, nous ne sommes pas une société », explique Jacques Bervillé. Les machines sont impressionnantes et plongent le visiteur dans l'interrogation.
L'atelier compte deux presses à bras et une machine pour les impressions. Il est installé depuis cinq ans dans les anciennes écuries et l'ancienne magnanerie de la maison de Jacques Bervillé. « Sean Felder a découvert le principe par hasard dans les années 1800. Jusqu'à cette époque, on savait parfaitement reproduire des textes mais pas les images... », précise Jacques Bervillé.
La technique est simple. On part d'une pierre ou d'une plaque de métal. « La pierre est parfaitement graînée, c'est-à-dire lissée. On dessine le dessin original au crayon gras. Puis on applique un mélange de gomme arabique et d'acide nitrique pour stabiliser le dessin et le faire entrer dans la pierre. On humidifie, puis on passe de l'encre au rouleau dessus. À chaque couleur correspond une plaque. Il y a une répulsion automatique entre l'eau et le gras, puis on pose le papier, on abat le rateau de la presse dessus. Le système n'a pas changé depuis deux siècles ».
L'encre est exclusivement pigmentaire, ce qui permet de garder la couleur d'origine pendant des années, « même en l'exposant au soleil ». Jacques Bervillé est entouré d'une équipe de professionnels de l'image, qui sont tous venus à la lithographie. Pour faire fonctionner la plus grosse machine, le Boirin de 1850, il faut trois personnes : le conducteur, également chef d'atelier, le receveur à l'autre bout et, entre les deux et en hauteur, le margeur.
Le conducteur va effectuer les réglages d'eau, d'encre et suivre les informations envoyées par les deux autres. Le receveur vérifie l'image, la densité de l'encre, le motif, la propreté des marges... « il faut en général au moins dix passages pour que le calage soit parfait, quand il y a plus de trois couleurs ».
Le margeur assure la sécurité de l'ensemble de l'équipe. « La machine peut broyer des os en quelques secondes, mieux vaut ne pas laisser traîner les mains », précise Jean-François Luccioni, membre de l'équipe. C'est aussi le margeur qui contrôle la vitesse d'impression et contrôle la qualité de l'encrage. « Tout est fait manuellement, il faut beaucoup d'échanges et une grande sensibilité à l'image au départ. Je suis graphiste, Francis, qui est généralement chef d'atelier est photographe. Nous produisons nous mêmes les encres, il faut retrouver exactement la même nuance ».
Ensuite, les lithographies sont placées sous une table d'insolation, qui va « cuire les couleurs ». Enfin, dernière étape, elles sont mises au séchage pendant une semaine. Pour l'artiste, la qualité est au rendez-vous. Fabien Souche, jeune artiste originaire de Pigeyres (43) est ainsi très satisfait du rendu. « Il n'a pas été facile de choisir dans mes dessins. J'ai eu la chance de pouvoir travailler avec Jacques et son équipe, le résultat dépasse mes espérances ». Gage de cette qualité, il signe chacune de ses lithographies. Son éditeur, Bertrand Voiron est un ami designer de Sanilhac, « j'assure le lien entre Souche, l'artiste, et l'atelier. C'est un moyen de lancer des artistes et c'est surtout une grande aventure amicale ». Jacques Bervillé invite uniquement des artistes qu'il aime et propose parfois de les éditer, pour suivre l'œuvre du début à la fin.
Muriel Duny
Formation.- Il n'y a pas de filière professionnelle existante. La motivation est donc le premier critère, ainsi qu'une grande sensibilité à l'image.
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