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15/03/2010 » Thanatopracteur : rendre la mort plus belle

À Remoulins, Jérémy Carrare cotoie la mort au quotidien. Son métier : thanatopracteur. Son rôle : donner une dernière image apaisée du défunt. Une fonction qui demande un mental d’acier.

Jéremy Carrare, dans son atelier

Traiter la mort. Littéralement, la signification grecque du métier de thanatopracteur. Le quotidien du remoulinois Jérémy Cararre depuis treize ans. Son rôle : retarder la décomposition du corps humain et redonner à la personne décédée un aspect naturel et apaisé. « Le thanato intervient dans 75 % des décès, détaille Jéremy. Si on ne fait pas appel à lui, le corps du défunt a malgré tout droit à une toilette funéraire, pour qu'il puisse partir propre et digne ».
Et d'ajouter : « le thanatopracteur est important car son travail va aider la famille à faire son deuil ». Le contact avec les proches de la famille décédée est aussi important que l'acte en lui-même. « Tout compte : notre tenue vestimentaire, notre façon de parler... ».
Le thanatopracteur n'intervient pas forcément en « milieu adapté » (c'est-à-dire dans son laboratoire). Il est amené à se déplacer en milieu hospitalier ou au domicile des personnes défuntes. Aussi étonnant que cela puisse paraître, avant de s'occuper d'un défunt, le thanatopracteur vérifie... qu'il est bien mort. Rigidité cadavérique, lividités du corps ou température corporelle font partie des signes « positifs de la mort ».

Le soin

Le soin se déroule selon un rituel immuable. Jérémy désinfecte le corps tout en le déshabillant progressivement. Nettoyage et shampoing sont les étapes préablables au soin. Vient ensuite l'injection d'un produit désinfectant. Qui est rendue possible à partir d'une incision sur l'artère carotide ou fémorale. Le choix de l'artère dépend de plusieurs critères. Notamment des vêtements que portera le défunt. S'il s'agit d'un décolleté, l'artère fémorale sera privilégiée.
Une ponction est ensuite pratiquée pour retirer tous les liquides, qu'il s'agisse de l'urine ou du sang. Pour la partie esthétique, Jérémy s'emploie à fermer la bouche de la personne décédée. Les hommes ont droit à un rasage complet. À ce propos, Jérémy en profite pour mettre à mal quelques légendes. « On dit que la barbe continue à pousser après la mort. C'est faux. En réalité, la peau, en se rétractant, laisse ressortir le poil ». Même chose pour les cheveux.
Dernière étape, le maquillage. Un moment délicat. « Quand je suis au domicile du défunt, je peux accéder à sa salle de bains, c'est plus facile. En milieu adapté, je me contente de mettre un peu de rouge aux femmes ». Le problème se pose aussi pour la coiffure. Prudence, donc. « Avec l'expérience, j'arrive à anticiper. Je préfère maquiller le moins possible ». Pour les hommes, pas question de maquillage. « Sauf pour masquer des imperfections ». Le corps est ensuite fin prêt pour être présenté à la famille.
Avec la pratique, le thanatopracteur apprend à se méfier également des réflexes post-mortem.
« On m'avait prévenu que cela allait m'arriver au moins une fois. Au tout début de ma carrière, les bras d'un défunt se sont tout d'un coup repliés et ses doigts se sont mis à pianoter ». Effet de surprise garanti.
Le sort veut que, parfois, Jérémy Carrare soit amené à traiter des proches. Ou des enfants. Dans ce premier cas, ce qui l'aide à tenir est la satisfaction de donner une dernière
bonne image de la personne.
C'est encore plus délicat lorsqu'il se retrouve confronté à des enfants ou à des adolescents. « Heureusement, cela n'arrive pas tous les jours ». Au cours de sa carrière, Jérémy a pu constater une nette baisse de la mortalité pour cette classe d'âge.
« Avant, je voyais passer des jeunes toutes les semaines. Maintenant, un accident mortel est plus rare. Les gens râlent contre les radars, mais c'est efficace ».

L'amour du métier

Jérémy Carrare aime son métier. Le fait qu'il ait grandit dans le milieu des pompes funèbres n'y est sans doute pas étranger. De plus en plus de jeunes souhaitent s'orienter vers la thanatopraxie. « Cela m'étonne que des jeunes qui n'ont aucun rapport avec cet univers aient envie de travailler dans une salle fermée, avec des personnes décédées... Même si c'est un beau métier. Il faut aimer les gens, aimer ce que l'on fait. À partir du moment où l'on fait cela par routine, ou pire, que l'on ressent du dégoût, il est temps d'arrêter ».
Christophe Gazzano

Formation.- Selon l'ONISEP, après le bac, formation de 150 heures pour la théorie (anatomie, médecine légale, microbiologie, hygiène, toxicologie...) et de 200 heures au moins pour la pratique, assurée par des thanatopracteurs habilités. L'examen (100 opérations de soin à valider) débouche sur le diplôme national de thanatopracteur. Préparation universitaire à Lyon et Angers, ou en école.

Article paru dans Le Républicain d'Uzès n°3251, du 14 janvier 2010.

 

Commentaires

12/10/2010 à 19:59:00 » esmeralda
Auteur : esmeralda
félicitations, heureusement qu'il y a des gens comme vous pour redonner un peu de vie après la mort !! j'ai perdu mon frére l'année passé, dur moment, il s'est suicidé et donc à choisi lui même le jour et l'heure de sa mort, j'ai chosi de lui faire un soin , il restait encore du sang dans ses cheveux, sa m'a marquait , j'ai payé pour qu'il soit "impécable " mais bon, c'était un mauvais moment à passé, je me dis que sans cette toilette et ce soin, sa aurait était surment plus dur de le regarder en face !! Courage à vous et continuer à aider les familles et leurs morts ! MERCI

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