Entre art et travail de précision, le tatouage est loin d’être un acte anodin. À Saint-Quentin-la-Poterie, Yann Dumur nous dévoile les ficelles du métier.
«Le tatouage est quelque chose de primitif. De tous temps, les hommes ont marqué leur corps ». Dans son atelier de Saint-Quentin-la-Poterie, Yann Dumur, tatoueur, parle essentiellement de son métier comme d'un art. Sa hantise, « les personnes qui se baladent avec les mêmes motifs ». C'est la raison pour laquelle Yann n'a jamais éprouvé le désir de travailler dans ces grands studios de tatouage, « où l'on fait du travail à la chaîne ». Lui, préfère le suivi personnalisé. Quitte à ce que cela demande beaucoup de temps. Et d'investissement personnel du client.
Lors d'un premier contact, Yann commence par parler avec la personne intéressée de ce qu'elle voudrait se faire tatouer. C'est souvent à ce moment-là qu'il y a le plus de désillusions. « Des gens débarquent avec des photos de tatouage prises sur le net. Je leur réponds que c'est le tatouage de la personne prise en photo, pas le leur. Ce n'est pas intéressant de faire une bête copie ». La sanction est la même pour ceux qui souhaiteraient se faire tatouer un portrait de leur idole ou d'un de leurs proches. « D'autant plus que quelquefois, les photos que l'on m'apporte sont complètement ratées. Ce sont par exemple des photos de fin de soirée ». Et ne parlons pas des tatouages « à la mode ». Entrent dans cette catégorie les noms de personnes proches, telle la copine du moment, de laquelle on risque de se séparer au bout de quelques mois. Quand Yann ne ressent pas l'envie de réaliser un tatouage, il n'hésite pas à envoyer ses clients vers d'autres professionnels.
Le tatoueur doit donc avoir une sacrée dose de pédagogie. « Il ne faut pas s'engager à la légère. Les plus jeunes se font tatouer de la même manière qu'ils achèteraient une paire de chaussures ». Si Yann est si exigeant, c'est pour une raison simple : « je vois tellement de tatouages ratés... On ne peut plus rien faire ensuite ».
Étape par étape
Quand tatoueur et client s'accordent sur le tatouage final, Yann commence par réaliser le motif sur papier. Un autre rendez-vous est pris pour dessiner le motif sur la peau. « Je prends ensuite l'empreinte du dessin avec un papier collant, un peu comme celui que l'on utilise pour recouvrir les livres ». Le tatoueur pose le papier collant sur une feuille et travaille le tout au calque. De manière à affiner les détails. Le calque définitif est reproduit une dernière fois sur du papier carbone. Le tatouage peut débuter.
Une attention toute particulière est accordée à l'hygiène. Les aiguilles utilisées sont à usage unique, le matériel est systématiquement stérilisé. « Le protocole est presque le même qu'en bloc opératoire », explique Yann, tout en se lavant soigneusement les mains. Une cliente vient d'arriver. C'est sa 4e séance. Elle a opté pour un dragon sur tout le bras gauche, « contrebalancé par des végétaux, pour adoucir l'image ».
L'outil principal du tatoueur est un dermographe, appelé aussi « tatoo gun ». Chaque fonction a son outil, que ce soit pour le tracé, les couleurs... Les séances de tatouage dépassent rarement les 2h30. « On débute toujours en douceur, car le corps met du temps à s'habituer ». Avec ce constat étonnant : les femmes sont plus résistantes que les hommes. « C'est une question d'hormones ». La séance se déroule habituellement en musique, pour couvrir le bruit de la machine. Le tatouage achevé, de multiples précautions sont à prendre. Savon antiseptique et pommade cicatrisante ont pour but de nettoyer le tatouage. Il convient aussi de ne pas s'exposer au soleil pendant un mois ou de prendre un bain d'eau de mer ou d'eau chlorée.
En plusieurs années de pratique, Yann Dumur n'a pas eu « autant que ça » de demandes farfelues. L'endroit le plus insolite qu'il ait eu à tatouer est... un crâne. « On ne m'a encore jamais demandé de tatouer sur des endroits scabreux. Mais là, c'est vraiment n'importe quoi ». Les clients savent rester raisonnables. La partie du corps la plus généralement tatouée est le bras.
Christophe Gazzano
(Article paru dans Le Républicain d'Uzès n°3256, du 18 février 2010)
Formation.- Il n'y a pas de voie royale. Il est conseillé d'avoir une formation artistique (type Beaux Arts ou Arts Appliqués). L'apprentissage se fait au contact d'autres tatoueurs. Une formation à l'hygiène et à la stérilisation est obligatoire pour ouvrir son atelier.
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