Depuis son atelier de la place d’Austerlitz, Philippe Gaudin restaure et fabrique de petites merveilles. Le Républicain vous propose de partir à la rencontre de ce peintre, doreur et sculpteur émérite.
Si vous habitez ou fréquentez Uzès, vous êtes sans doute, un jour ou l'autre, passé devant l'atelier de Philippe Gaudin, place d'Austerlitz. Mais vous y êtes-vous déjà arrêté ? Pourtant, le lieu de travail de celui qui est tout à la fois peintre, doreur et sculpteur mérite le coup d'œil.
Originaire de la région nantaise, Philippe Gaudin a tout appris là-bas. Une formation de sculpteur en bois d'ornementation tout d'abord, puis des cours du soir aux Beaux-Arts de Nantes. Il travaillera ensuite dans différentes maisons d'ameublement et se familiarisera avec des styles régionaux aussi divers que le provençal, le bressan ou le vendéen. Au début des années 80, il décide de partir à l'étranger, ses outils en poche.
Apprentissage à l'étranger
Au contact des autochtones, il acquiert de nouveaux styles et de nouvelles techniques. « Dans certains pays, cela reste rudimentaire, mais tout aussi efficace », confie-t-il. Son périple l'a mené au Costa Rica, en Thaïlande, en Inde ou encore en Guadeloupe. Dans ce département français d'outre-mer, Philippe, qui n'est pas à un défi près, a repris la fabrication du meuble créole. Un succès. « J'étais parti en vacances là-bas pour seulement deux mois... Du coup, j'y suis resté un an et demi ».
A son retour en France, c'est au détour d'une visite à un ami qui réside sur Uzès que Philippe Gaudin a un coup de cœur pour la ville. Et y installe son atelier. La suite est une affaire de contacts avec des antiquaires, des décorateurs français et internationaux... Les particuliers, le plus souvent collectionneurs, n'hésitent pas non plus à faire appel à ses services. Création de miroirs contemporains, restauration de tables, de consoles ou de miroirs : le champ d'action de Philippe est vaste. Ses projets en cours ? La confection d'un miroir de style Louis XVI, tout de bois sculpté et doré, pour un château de la région. Pour le moment, il en est encore au stade du dessin. S'il estime le projet faisable, il se lancera dans la fabrication. En moyenne, cela demande de trois semaines à trois mois, voire plus, suivant le projet. Un autre de ses projets en cours est la restauration d'un rétable orthodoxe. « Il faut que je le consolide, que je refasse les dorures, restaure les boiseries... », explique l'artisan. Pour l'heure il n'y a pas touché. Car avant de prendre ses outils, Philippe prend le temps d'apprivoiser l'œuvre qui l'attend. Il passe et repasse plusieurs fois devant.Lorsqu'il se sent prêt, il s'y met. Et de nous montrer les angelots espagnols polychromes qu'il vient juste de terminer. En prenant bien soin de conserver leur cachet ancien.
Philippe Gaudin est capable de reproduire des pièces manquantes sur des objets de collection. Ou de se lancer dans la fabrication à partir d'une simple photo. On lui a ainsi soumis le cliché d'une armoirie en bois sculpté, avec argenture et dorure à la feuille. Cette dernière technique, la dorure, Philippe l'a acquise à force d'obstination. Un tempérament de jusqu'au-boutiste qu'il doit sûrement à ses origines bretonnes. « J'ai été voir un doreur à la retraite, un peu renfrogné, pour qu'il m'enseigne son savoir-faire. Après avoir refusé à de multiples reprises, il a fini par céder. à ses côtés, j'ai appris la manière de procéder, mais surtout l'importance du regard ». Ses outils pour la dorure répondent à des noms aussi barbares que mouilleux, appuyeux ou chiens. Des pinceaux. Au contact d'autres professionnels, Philippe a pris l'habitude de poser toutes les questions qui lui venaient à l'esprit. « Plus on est curieux, plus on s'enrichit. Si on ne l'est pas, on ne peut pas progresser ».
A ses heures perdues, l'artiste donne aussi dans la peinture. Cela lui permet de s'évader car contrairement à ses autres domaines d'action, il ne peint pas sur commande. « Je peins quand l'inspiration est là ». Les toiles sont visibles en permanence à l'entrée de son atelier. Elles ont pour particularité de ne comporter aucun titre. De manière à laisser à chacun sa propre interprétation.
Désormais, Philippe Gaudin a à cœur de transmettre tout ce qu'il a appris. C'est ainsi qu'il accueille chaque année des stagiaires venus du lycée professionnel des métiers d'art Guynemer d'Uzès. Des stagiaires qui seront peut-être à leur tour atteint par le virus de la création et de la restauration qui a inoculé Philippe voilà plus de trente ans.
Christophe Gazzano
Formation.- Le lycée des métiers d'art Guynemer propose un CAP de sculpture sur bois, un bac pro taille de la pierre... Pour plus de renseignements sur les formations proposées, vous pouvez consulter le site de l'établissement : http://www.lyc-guynemer-uzes.ac-montpellier.fr/
(Article paru dans Le Républicain d'Uzès n°3230, du 20 août 2009)
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