Depuis six ans, un couple d’agriculteurs d’Arpaillargues a choisi de diversifier son activité et de proposer une large gamme de produits transformés à partir de leurs cultures mais aussi de fruits et fleurs sauvages, avec une idée en tête : promouvoir le terroir local autrement.
Catherine et Pascal Roger, comme beaucoup de viticulteurs, ont été touchés de plein fouet par la crise. « Mon mari tenait ses vignes de son père, et il en avait augmenté la surface. Nous avons dû chercher d'autres productions », explique Catherine Roger. Parallèlement, elle-même ne souhaitait pas poursuivre sa carrière d'archéologue, « j'avais des enfants en bas-âge, je ne voulais pas partir plusieurs mois dans n'importe quelle région de France pour un chantier ».
Sensibles à la problématique de la traçabilité et à la démarche de l'agriculture raisonnée et biologique, ils décident de diversifier leur production. Se pose alors la question de quelle reconversion ? « Nous n'avions aucune lisibilité en matière de viticulture, l'incertitude a duré trois ans. Je faisais déjà des confitures pour moi, à titre privé, donc je me suis dit, pourquoi ne pas essayer d'en produire à plus grande échelle ? Nous trouvons le système des circuits courts intéressants, car il permet de créer un lien de confiance entre le producteur et le consommateur », poursuit Catherine Roger.
Elle reconnaît cependant que ce fut une chance de compter parmi ses amis un pâtissier d'Uzès, qui a aussitôt accepté de proposer ses confitures dans sa boutique.
Les Roger ont fait le choix de revenir à 15 ha de vignes, alors qu'ils en avaient 30 ha avant la crise et de replanter 8 ha en lavandin bio pour les huiles essentielles. « Nous avons voulu revenir aux cultures traditionnelles pour les vergers et le maraîchage, comme la lavande, le pois-chiche, mais tout est destiné à la transformation, nous ne revendons rien en frais ».
Et pour que leur nom Terres d'Uzès prenne tous son sens, le couple décide aussi de s'intéresser à la cueillette de plantes et fleurs sauvages, comme le thym, le fenouil, l'acacia, qu'ils utilisent aussi dans leurs produits.
Mais rien n'est improvisé dans ce projet. Catherine a suivi plusieurs stages de formation à Florac, pour se perfectionner dans la transformation des fruits et légumes, mais aussi apprendre à concevoir un atelier qui respecte les normes d'hygiène en vigueur. « Nous sommes partis sur une structure complètement neuve. Pour cela, nous n'avons pas hésité à vendre notre maison, ce qui nous a permis de financer la construction. Nous allons bénéficier d'une subvention du Conseil régional pour l'atelier de transformation. Dernièrement, nous avons également rejoint le réseau Bienvenue à la ferme, qui promeut les produits fermiers en vente directe. Mais nous sommes un peu victimes de notre succès, l'atelier est presque trop petit ».
De complémentaire, cette activité est en passe de devenir principale. « Nous nous répartissons les tâches. Mon mari assure la culture et la cueillette, je m'occupe de la cueillette sauvage, de la transformation et de la commercialisation », précise Catherine Roger. Son époux tient un stand sur les marchés des producteurs d'Uzès le mercredi et de St-Quentin le mardi. Terres d'Uzès est aussi présent dans plusieurs boutiques et sur toutes les grandes foires du secteur, comme la Fête du pois-chiche à Montaren ou la Fête de la cerise à Remoulins dernièrement. Les 5 et 6 juin, ils participeront aux Journées méditerranéennes des saveurs à Nîmes.
N'empêche, la spécificité de Terres d'Uzès, c'est avant tout l'originalité des produits avec, entre autres des confitures inoubliables comme abricots-lavandin, cerises réglisse, figues-oranges-pignons, melon-Calisson, melon-pastis, citre de ma grand-mère, des sirops ou des confitures de fleurs... Sans oublier les apéro-tartines. « J'en préparais déjà pour moi, pourquoi ne pas tenter de les vendre ». Catherine a beaucoup d'imagination et sa famille et ses amis lui servent de testeurs en direct. Voilà pourquoi, en fonction de la saison, on peut croiser Pascal dans ses champs ou dans les prés, concentré sur sa cueillette, tandis que Catherine tourne presqu'amoureusement ses confitures, dans une grande marmite dont les dimensions ont gardé un caractère familial...
Muriel Duny
Formation.- Le Brevet Professionnel Responsable d'Exploitation Agricole peut s'obtenir au Centre de formation professionnelle agricole de Florac en Lozère. Il suffit d'avoir plus de 18 ans, de pouvoir justifier d'au-moins un an d'activité professionnelle et d'être titulaire d'un CAP ou avoir un niveau BEP ou seconde générale. La formation dure un an mais peut être aménagée en fonction de la disponibilité des stagiaires.
Il est aussi possible de bénéficier de formations courtes à la carte : www.eplealozere.net
(Article paru dans Le Républicain d'Uzès n°3271, du 9 juin 2010)
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