C’est un métier très répandu et pourtant peu connu. Il fait partie de ces métiers dont il faut avoir le profil. Car le brocanteur n’est pas un simple passionné d’objets anciens. Il doit aussi avoir un flair particulier pour les bonnes affaires. Mais attention, il ne s’agit pas d’un antiquaire. Rencontre avec un Uzétien.
À Uzès, on l'appelle « Roberto la Brocante ». Car cet homme là est atteint d'une maladie tout particulière depuis plus de dix ans : la brocantemania.
Il ne peut s'empêcher de chercher, chiner, fouiner. Son terrain de chasse : les petites annonces dans les journaux, les déballages professionnels, les ventes aux enchères, les vide-greniers et autres débarras. Parfois, « malheureusement », c'est à la suite d'un décès qu'on l'appelle. Mais là, il parle plus de « service rendu », soit parce que cela permet aux familles de donner une deuxième vie à certains meubles et objets « avec une contre-partie financière bienvenue », soit parce qu'ils n'auraient pas su quoi faire de tout ce qui jonchait le grenier. Et même si rien n'a de valeur, Roberto n'a pas le cœur à ne rien faire. Pour lui, être brocanteur, « c'est un métier de recherche et de passion : ce que je cherche, c'est le côté insolite de l'objet ».
Brocanteur, pas antiquaire
Mais attention à la différence entre brocanteur et antiquaire. « Ce sont deux choses très distinctes, explique-t-il, l'antiquité concerne les objets qui ont au moins un siècle, alors que dans une brocante, les objets ont quelques dizaines d'années tout au plus ». Les brocantes s'adressent à un public plus large, parfois à de petits collectionneurs.
Dans la grande salle voûtée au style ancien, Roberto partage l'espace avec quatre autres brocanteurs. « Chacun a son coin et on se relaie pour tenir la boutique ». Et on y trouve de tout, surtout des objets : de l'horloge à pendule aux vieilles poupées en porcelaine de grand-mère en passant par une armoire d'Uzès, du mobilier style Louis XIV, des poteries et, à l'occasion, des armes. Il précise : « Je ne fais pas de restauration, je mets simplement les objets au propre. Et surtout, je fais la chasse aux reproductions ».
C'est sûr, il faut « se lever tôt pour aller chiner, être travailleur et manuel, mais il faut aussi jouer son rôle de marchand, être honnête et généreux, car ce métier souffre parfois d'une mauvaise réputation », concède-t-il.
L'astuce, pour un brocanteur, est de connaître la tendance du moment pour chiner les bons produits. Pas forcément quelque chose qui a de la valeur - ça, c'est le travail de l'antiquaire - mais quelque chose qui plaît beaucoup. « En ce moment, ce sont tous les meubles et objets de décoration des années 1970 qui reviennent à la mode et sont très recherchés par les clients. Le gros de la demande concerne les meubles peints, le mobilier d'usine, en fer et en bois. Il y a aussi ce qu'on appelle le look « destroy » : ce sont les meubles et objets rouillés ou vieillis. Cela marche très bien, notamment auprès des gens riches », observe-t-il.
Mais en dehors de l'effet de mode, le tout c'est d'avoir « le flair et l'œil pour repérer ce qui se vendra vite ».
Car tout brocanteur qui se respecte est aussi un bon négociateur : « suivant la demande et la tendance, les prix sont évalués et négociables ». Il n'est pas rare que Roberto livre gratuitement ses clients « dans un rayon de 50 km ». Car, dit-il, « c'est très important de pouvoir dire au client : ce soir c'est chez vous ».
Alliant culture et commerce, Roberto la Brocante a réussi. Il marche ainsi dans les pas de son père, ce qu'il n'avait pas prémédité. Mais il « a ça dans le sang », cela ne s'invente pas.
Aurélia Simonin
Formation.- La plupart des brocanteurs se sont formés sur le tas, mais il existe des formations. En continu (intra entreprise) elles s'adressent aux candidats qui ont fait des études affiliées au marché de l'Art. L'Université propose une formation Antiquaire, brocanteur à niveau bac + 2. Il est conseillé dans tous les cas d'avoir un diplôme d'Histoire de l'Art, d'Histoire, de Gestion, d'Économie.
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