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Viticulture : les professionnels font face à la montée des températures

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Techniques de production, sélection des cépages, localisation des vignobles : quelles possibilités d’adaptation pour les viticulteurs locaux ? 

«Un binage vaut deux arrosages». Le vieil adage est volontiers repris par Luc Reynaud, viticulteur et président du Comité de promotion agricole d’Uzès : «limiter l’évaporation par le labour des sols permet de se passer d’irrigation». La sécheresse observée dans le secteur est un des enjeux majeurs de la viticulture uzétienne. 

D’après les projections évoquées par la Chambre d’agriculture du Gard, le changement climatique ressenti ces 50 prochaines années sera «moyen» : «Cela ne veut pas dire que les gelées disparaîtront. De même, les pluies se feront moins nombreuses, sans qu’une sécheresse permanente ne s’installe dans le département», prévoit Jacques Oustric, responsable du pôle Viticulture à la Chambre d’agriculture.

Gérer le stress hydrique

Alors que le projet régional Aqua Domitia a permis un apport en eau sur 4 000 nouveaux hectares, de l’Ouest du Gard au Sud‑Ouest de l’Hérault, l’Uzège ne bénéficie d’aucun projet similaire. «L’irrigation est interdite ici - seules des dérogations sont accordées lorsque les pieds de vigne sont menacés de mort», indique Luc Reynaud. Il rappelle la spécificité du vignoble local, qui ne serait pas encore impacté au niveau des quantités produites, contrairement aux observations régionales : «Nous avons ici des cultures à petit rendement : 48 hectolitres par hectare pour les vins rouges et 55 hl / ha pour les blancs et les rosés». 

Tout en évoquant la nécessité d’un apport d’appoint en eau ces prochaines décennies Jean‑Marc Touzard, chercheur à l’Institut national de recherches agronomiques (INRA), parle d’autres «marges de manœuvre importantes pour pallier le stress hydrique : les modes de conduite, le choix des sols et des expositions au soleil».

Autour d’Uzès, ces leviers d’action sont déjà employés par les viticulteurs. «En plus du labour, la taille de la vigne a été ajustée, avec plus de feuillage laissé sur les plantes», affirme Luc Reynaud. En revanche le paillage des sols est peu usité, «par souci de ne pas polluer l’environnement avec du plastique supplémentaire».

La question du réchauffement climatique est un sujet de réflexion pour les viticulteurs locaux, même si le péril ne leur paraît pas imminent. À vrai dire, ils y trouvent certains avantages pour le moment. «Les vendanges sont de plus en plus précoces, ce qui permet de devancer l’équinoxe d’automne : un atout pour la qualité du vin», estime Luc Reynaud.

De son côté, l’INRA confirme un calendrier bousculé pour la vigne : «Dans la seconde moitié du XXIe siècle, le débourrement [stade de développement des bourgeons] pourrait être plus précoce de 3 à 18 jours, et la période de maturation de 20 à 40 jours par rapport aux 30 dernières années», note Jean‑Marc Touzard1.

Des cépages à adapter ?

Pour adapter les cépages du Languedoc à l’amoindrissement des ressources hydriques, le chercheur parle de trois stratégies d’adaptation possibles : «reprendre les cépages languedociens (carignan et aramon par exemple) en sélectionnant des clones plus tardifs, adopter des cépages méditerranéens plus résistants à la sécheresse (comme le sagiovese, le calabrese, l’assyrtiko), ou créer de nouveaux cépages par croisements (qu’ils soient métis ou hybrides)». Pour maintenir sur le territoire des variétés telles que le merlot, le chardonnay et la syrah, «il faudra sans doute être plus exigeant pour le choix de leur localisation», estime le scientifique.

Pour ce qui concerne son domaine, Luc Reynaud n’envisage pas des changements radicaux de cépages. «Nous travaillons avec des porte‑greffes, afin de nous adapter aux différents types de sols». 

Effets sanitaires

L’état sanitaire des vignes serait impacté par les changements climatiques en cours. «Personne n’avait vu venir l’évolution actuelle des maladies : la virulence de certaines évolue et de nouvelles formes apparaissent», indique Jacques Oustric en citant notamment le black rot (affection cousine du mildiou), la propagation de la bactérie Xylella Fastidiosa (observée en Corse) ou encore l’installation durable de ravageurs comme les drosophiles.

Cette année, les campagnes de traitement phytosanitaire des vignobles ont débuté aux mois de mai et juin, une période inhabituellement précoce. «Si la même configuration se présente en 2016, ce sera compliqué, explique Jacques Oustric : il nous faut limiter l’impact économique des maladies tout en veillant à ne pas provoquer de pollution excessive. Des traitements existent mais leur sur‑utilisation peut amener de nouvelles maladies à se développer».

Du fait d’une maturation à des températures plus élevées, la teneur en alcool aurait «augmenté de plus de 2°C par rapport aux années 1980», rapporte encore  Jean‑Marc Touzard. Ce que conteste Luc Reynaud : «La teneur en alcool a simplement augmenté parce que nous avons choisi à l’époque des cépages améliorateurs comme le grenache ou le merlot. Je ne crois pas à l’impact du climat sur ce point».

Quentin Germain (redaction2.uzes@riccobono.fr)

1. «Stress hydrique et adaptation au changement climatique pour la viticulture et l’œnologie : le projet LACCAVE», N. Ollat et J.‑M. TOUZARD, Innovations Agronomiques n°37 (2014),  pp.131‑141.

 


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