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Denis Bruguier : «L’hôpital a tout le potentiel pour garder son autonomie»

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Santé


02/02/2018

Le directeur de l’hôpital d’Uzès, en poste depuis 2000, prendra sa retraite mi‑février. Il revient sur les évolutions de l’établissement ces dernières années et donne sa vision de l’avenir.

En près de 20 ans, l’hôpital local d’Uzès a beaucoup changé. Quelles sont les évolutions qui vous ont le plus marqué ?

Il y avait environ 200 lits à mon arrivée, et l’hôpital employait 165 équivalents temps plein. Les effectifs sont passés à 700 équivalents temps plein, pour 700 lits. Le budget d’exploitation a triplé : 48 M€ annuels aujourd’hui. En termes d’implantations, il y a eu l’ouverture du nouveau centre hospitalier, route de Nîmes, en 2006. Puis l’ouverture successive de plusieurs Ehpad (établissements d’hébergement de personnes âgées dépendantes) : Redessan en 2008, Cabrières en 2009, Aramon en 2010, Moussac en 2011... Jusqu’à Montfrin en 2017. Et ce n’est pas terminé puisqu’un Ehpad devrait ouvrir en mai à Fons‑outre‑Gardon, et les travaux viennent de démarrer à Euzet‑les‑Bains.

 

Pourquoi un tel développement des maisons de retraite ?

Le Département a eu la volonté de créer des places en Ehpad. Ici, il en manquait, nous nous sommes donc chargés d’initier de nouvelles structures, de reprendre des projets suspendus et des maisons de retraite devenues obsolètes. Notre avantage est la mutualisation - non seulement des coûts, mais aussi des prestations. Par exemple lorsqu’il s’agit de partager des temps d’assistance sociale, d’activités physiques, etc. Nous avons désormais un parcours de soins complet autour de la personne âgée, depuis le portage de repas jusqu’aux consultations mémoire, en passant par le centre local d’information et les soins infirmiers à domicile. En termes de tarifs, nous sommes à 60 € par jour et par résident : c’est bien inférieur à ce qui se pratique dans le privé, et en‑dessous des tarifs constatés au niveau national - même si pour celui qui paye, la note est élevée. 

De nouvelles activités sont‑elles envisagées ?

Nous avons organisé notre propre garde médicale pour assurer une permanence de soins, avec la participation de quelques médecins généralistes et des spécialistes. Cette activité est distincte de la permanence des soins de ville organisée par les généralistes d’Uzès, pour laquelle nous mettons des locaux à disposition. Cela était nécessaire vue la fréquentation de l’hôpital - l’établissement est trop petit pour accueillir un service d’urgences, quoique les consultations inopinées soient fréquentes en été. Les consultations avancées se développent également : nous voulons faire venir des spécialistes à Uzès. Un chirurgien orthopédique vient de Nîmes, un chirurgien de Bagnols. Il y a des consultations en orthophonie, en gynécologie. Et le mois prochain, des interventions en chirurgie digestive auront lieu avec le professeur Prudhomme.

 

Les membres du personnel des Ehpad ont alerté, à Uzès comme ailleurs, sur leur sous‑effectif. Les choses vont-elle s’améliorer ?

Je suis inquiet pour l’avenir des Ehpad. Suite à la canicule de 2002, l’État avait donné des moyens nouveaux, qui s’effilochent depuis. Les restrictions budgétaires se suivent et impliquent un taux d’encadrement très faible. Le dernier «grand coup» a été la suppression des contrats aidés. D’ailleurs les arbitrages n’ont pas donné la priorité aux Ehpad : sur 47 contrats arrivés à terme en septembre dernier, nous n’avons obtenu que 7 renouvellements. Pour nous réorganiser, nous ne pouvons remplacer à dépenses égales qu’une quinzaine de postes ; des économies sont à l’étude pour en financer quinze autres. Mais le compte n’y est pas, il va falloir trouver une solution au niveau national : débloquer des aides, augmenter le prix de journée ou créer des déficits.

 

Quel est votre regard sur les nouveaux «groupements hospitaliers  de territoire» (GHT) ?

Nous nous dirigeons vers un management mutualisé des établissements, cela a commencé par une coopération entre ces derniers puis l’intégration d’activités sous la responsabilité d’un centre hospitalier support - en ce qui nous concerne, le CHU de Nîmes. 

On mutualise les achats et les systèmes d’information et un projet médical est établi au niveau du territoire. Cela va dans le bon sens si les établissements gardent leur autonomie, car une unité décisionnelle est nécessaire. 

Vous êtes optimiste pour l’avenir de l’hôpital d’Uzès ?

Il a été sauvé par son développement. Avec environ 2 200 journées d’hospitalisation et d’hébergement par an, c’est aujourd’hui le plus important des quelque 300 anciens «hôpitaux locaux» - dont une cinquantaine sont encore capables de fonctionner en autonomie.  Le CHP Uzès (centre hospitalier de proximité) a une très bonne certification. Il y a du potentiel pour l’avenir avec une équipe médicale étoffée, car nous avons parié sur le recrutement de praticiens hospitaliers. Depuis 2017, nous avons des spécialistes à temps partagé avec le CHU. Le potentiel démographique est tout aussi réel, dans les tranches d’âge élevées comme dans les autres : il n’y a pas de baisse de la population. Je ne pense pas que les GHT représentent un risque pour Uzès car ce qui sera très «restructurant» à l’avenir, ce sera la localisation des activités. Or, les soins de gériatrie, de rééducation ne peuvent que rester à proximité des patients.

 

Imaginiez-vous occuper ce poste aussi longtemps ?

Avant de venir à Uzès, j’avais travaillé en région parisienne et dans le secteur de Lyon. J’ai ensuite été DRH à l’hôpital de Bagnols‑sur‑Cèze puis directeur des services économiques et financiers au Mas Careiron. À l’hôpital local, j’ai d’abord assuré une année d’intérim pour remplacer Jean‑Pierre Guyot, à qui je souhaite d’ailleurs rendre hommage. À l’origine, diriger un établissement de cette taille n’était pas mon objectif, mais j’ai vu qu’il y avait beaucoup de choses à faire dans ce petit hôpital. Je me suis tout de suite bien entendu avec le maire Jean‑Luc Chapon (président du Conseil de surveillance de l’hôpital, ndlr), j’ai donc postulé. Directeur titulaire depuis le 1er janvier 2000, je serai resté à Uzès jusqu’à la retraite... Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer. J’ai apprécié de travailler avec les élus et un personnel motivé et impliqué. C’est une fierté d’avoir dirigé cet hôpital. 

 

Savez‑vous qui vous remplacera ?

Pas du tout, la procédure de désignation est longue. Le ministère doit examiner les candidatures ces prochains jours, puis les présidents du conseil de surveillance et de la commission médicale d’établissement, ainsi que la directrice du CHU de Nîmes et l’ARS seront impliqués. Une commission nationale devrait officialiser la décision fin février.

  

Propos recueillis par Quentin Germain


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