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Rythmes scolaires : le casse-tête local

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Le gouvernement veut voir appliquée la réforme des rythmes scolaires dès la rentrée 2013, incitation financière à la clé. Mais les communes, chargées de sa mise en œuvre, jugent la réforme précipitée et compliquée à mettre en place.

Vouloir réformer les rythmes scolaires est une chose, savoir comment l'appliquer concrètement sur le terrain, en est une autre.

Une demi-journée de classe supplémentaire le mercredi matin et des activités pédagogiques quotidiennes font partie des principaux changements. À Uzès, ville centre du secteur, la réforme est forcément plus délicate à mettre en place, puisqu'elle aura des conséquences sur l'organisation de plus de 500 élèves. Brigitte de Saboulin, adjointe aux affaires scolaires, estime qu'il s'agit d'une « bonne idée » mais que sa mise en place « relève du grand amateurisme » de la part du gouvernement. D'autant que, pour elle, c'est loin d'être une révolution. « Les enseignants n'ont pas attendu M. Peillon pour mettre en place des activités pédagogiques ». Et de citer, pêle-mêle, les cours de musique assurés par l'école municipale de musique, la danse enseignée par Uzès Danse, un Service éducatif performant qui intéresse les scolaires au patrimoine de la ville... Bref, « à Uzès, on a de la matière ».

Phénomène nouveau, depuis quelques semaines, l'élue reçoit des propositions de la part d'Uzétiens qui se sont fait agréer par l'Éducation nationale pour intervenir dans les établissements scolaires. Mais les activités qu'ils proposent font souvent doublon avec celles existantes. C'est à la municipalité que revient la charge de déterminer qui encadrera ces activités, qui devraient prendre place entre 15h45 et 16h30.

Les professeurs ? Des intervenants extérieurs ? Oui, mais comment trouver des personnes qualifiées ? « Les intervenants doivent avoir le BAFA, explique Brigitte de Saboulin. Cela peut donc être des lycéens, mais à 15h45 (horaire conseillé pour les activités), ils ont cours ! ». S'ajoutent à cela des normes d'encadrement très strictes. « ll faut un adulte pour 12 enfants en maternelle et un adulte pour 14 enfants en primaire ». Le groupe scolaire Jean Macé, le plus important d'Uzès, compte 266 élèves... Ces normes sont en passe d'être assouplies. Pour Dominique Vanandruel, des parents d'élèves PEEP, cela va poser le problème des salles puisque « les enfants seront répartis par petits groupes ». « Il faudra être vigilants sur la formation des personnes qui interviendront », prévient Catherine Depasse, présidente de la PEEP.

Mais demander aux communes d'organiser ces activités pédagogiques revient pour Brigitte de Saboulin à alourdir encore la charge qui pèse sur les communes. « En matière d'école, nous avons déjà les bâtiments, leur entretien, le personnel de nettoyage, la garderie, les cantines... Confier ces activités pédagogiques aux communes, c'est déposséder les enseignants d'un outil qui est le leur ».

Ces activités devront durer 45 minutes chaque jour, quatre fois par semaine. « C'est trop court pour une activité, estime l'élue uzétienne. Le risque, c'est de se retrouver au final avec une activité plutôt intellectuelle ». « Qui va vouloir se déplacer pour 45 mn par jour ? », s'interroge Dominique Vanandruel de la PEEP.
Le contenu de ces activités inquiète aussi les parents d'élèves. « Nous tenons à ce qu'elles soient gratuites. Cela avait été inscrit dans le décret, pour finalement être retiré, déplore Caroline Sépet, présidente de la Fédération des Conseils de Parents d'élèves d'Uzès (FCPE). Il ne faut pas non plus que ces activités se transforment en simple garderie ».

Une application en 2014 : la municipalité d'Uzès a tranché au printemps dernier. Et elle a déjà fait ses calculs : la réforme coûtera entre 100 et 150 € supplémentaires par enfant. L'aide exceptionnelle promise par l'État en cas de mise en place dès 2013 (50 € par enfant) sera insuffisante.
Dans l'ensemble, on voit poindre le risque de développer une école à deux vitesses entre les municipalités qui proposeront des activités de qualité ou celles qui n'en n'auront pas les moyens. Sans parler des quelques élèves qui pourront regagner leur domicile plus tôt que les autres puisque ces activités sont facultatives.
Pour les autres, dont les parents travaillent, la réforme ne changera rien à leur temps de présence à l'école. Au contraire. Par exemple, à Uzès, les élèves sont accueillis dès 7h30 et partent à 18h le soir. « Leur temps de présence va même être ampilifé avec l'ajout du mercredi », souligne Caroline Sépet, de la FCPE.

Mercredi matin

Les cours du mercredi matin posent aussi des problèmes dans l'organisation des enseignants. Hélène, institutrice en Uzège (le prénom a été modifié), met 45 mn pour aller de son domicile à son travail. Un déplacement aller/retour supplémentaire chaque semaine, ça pèse dans le budget. Et ce n'est pas la prime annuelle de 400 € que le ministre Vincent Peillion veut accorder aux enseignants, qui va changer grand chose. « Divisez cette prime par 12 mois et vous verrez... », lâche Hélène. « Notre formation continue a lieu une fois par mois le mercredi matin. Ce jour permet aussi une coupure pour faire des corrections et préparer le reste de la semaine », ajoute Chantal Marguerit, directrice de l'école de St-Siffret.

Sans parler des associations qui proposent des activités ce jour-là. Lydie, mère de deux filles scolarisées à Uzès, dont une en école primaire, se fait du souci. « Mes filles ont chacune des activités ce jour-là. Le mercredi leur permet une coupure en milieu de semaine. C'est un rythme qui leur va très bien. Nous travaillons beaucoup mon mari et moi et le mardi soir nous permettait de nous retrouver en famille ».

Dans les villages, le problème posé par la réforme est encore plus grand. Chantal Marguerit, la directrice de St-Siffret, évoque les sorties régulières de ses élèves. « Nous allons à la pisicine de Laudun pour les cours de natation. Avec le transport, cela occupe une bonne partie de l'après-midi. Si nous mettons en place les activités pédagogiques, il faudra peut-être faire des sorties le matin et étudier les matières fondamentales l'après-midi ».
La PEEP préconise de placer les activités pédagogiques « après le déjeuner et de conserver ainsi le pic de vigilance, à nouveau performant vers 15h-16h, pour les activités scolaires ».

Autre question pour les communes qui sont en regroupement pédagogique : les activités se feront-elles en un même endroit ou faudra-t-il trouver des intervenants pour chaque classe ? Si tout le monde s'accorde sur la nécessité d'une réforme, certains, comme les parents d'élèves, souhaitent aller plus loin. Pour Caroline Sepet de la FCPE, il faut aussi poser la question du contenu des programmes, souvent trop chargés. Et remettre des postes d'enseignants : « alléger les effectifs de chaque classe permettrait aussi d'alléger l'apprentissage des enfants ». Pour Lydie, la mère de famille, « si on veut alléger les programmes, il faut travailler plutôt à raccourcir les congés estivaux. Le mois d'août est problématique puisque de nombreuses structures sont fermées ».
Le retour des RASED (Réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté) serait une bouffée d'oxygène pour les élèves ayant des difficultés d'apprentissage. « Il n'y en a plus qu'un en Uzège, déplore Caroline Sepet.
Beaucoup de questions restent en suspens. Le compte à rebours a débuté.

Christophe Gazzano

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