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Burn-out, un syndrome observé à la loupe

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Santé


Plus de 3 millions d'actifs ont un risque élevé de faire un burn-out (épuisement professionnel), selon une étude publiée le mercredi 22 janvier dernier par le cabinet Technologia. L'organisme s'est fondé sur un sondage mené auprès de 1 000 actifs. Cette enquête montre que 12,6 % d'entre eux encourent un burn out, ce qui, rapporté à l'ensemble de la population, permettrait d'évaluer le nombre de personnes concernées à 3,2 millions d'actifs. Un risque qui n'épargne pas la région d'Uzès, comme nous le confirment certains professionnels de santé.

En cause : le management, le turn-over...

Le Dr Philippe Louria est médecin du travail à Uzès depuis un an environ. Il a exercé en tant que médecin de campagne durant plus de 20 ans et s'est également beaucoup investi dans l'accompagnement des personnes vulnérables et/ou en situation de handicap dans sa précédente affectation.

• Qu'est-ce que le burn out ? « C'est un syndrome d'épuisement professionnel. Il peut se manifester par toute une série de signes », explique le médecin du travail :

  • état de fatigue
  • troubles du sommeil
  • manque de motivation
  • profonde lassitude
  • éléments dépressifs
  • angoisse
  • troubles de la mémoire et de la concentration
  • sensation de moins être opérationnel
  • développement d'un sentiment d'isolement.

 

• Quand intervient-il ?

En ce qui concerne le burn out, le médecin du travail n'en est informé que si les salariés viennent le consulter. En effet, dans une situation d'arrêt maladie, le médecin du travail est « hors circuit », sauf demande expresse de « visite de pré-reprise » émanant du médecin traitant, du médecin conseil ou du salarié lui-même.

• Que faire en cas de burn out ?

Dans ces situations d'épuisement professionnel, il est important que les victimes de burn out consultent leur médecin du travail, soit « avant de craquer » afin que celui-ci puisse connaître les raisons qui ont déclenché ce burn out, qu'il puisse déclencher des soins et/ou alerter le cas échéant (et avec leur accord) l'entreprise, soit pendant la période d'arrêt maladie afin qu'il puisse planifier avec les salariés les modalités de leur reprise d'activité. Pour ces personnes en situation de burn out, et quelle qu'en soit l'origine (problème de management, surcharge de travail, susceptibilité individuelle...), il est de toute façon essentiel de leur permettre de se reposer, d'éventuellement se faire accompagner pour récupérer une force physique et psychique suffisante.

• Y a-t-il une population et un métier type ? « Tout salarié, qu'il soit cadre ou non, peut se retrouver dans cette situation de burn out. La personne, étant fatiguée, se retrouve débordée et n'arrive plus à assumer sa mission. Dans cet état de fatigue croissant, la qualité de son travail diminue et elle arrive de moins en moins à assumer sa charge de travail », souligne le Dr Louria.

Le médecin du travail est strictement neutre et assume une mission de conseil tant vis-à-vis de l'employeur que de ses salariés. Sa mission principale est de veiller au suivi de la santé des salariés dans leur milieu de travail et de conseiller les employeurs et les salariés quant aux mesures de prévention collectives et individuelles à mettre en place. Il est seul habilité à prendre des décisions en matière d'aptitude au poste de travail.

 


Peut-on prévenir les risques psycho-sociaux ?

Le monde hospitalier n'est pas moins soumis aux risques de burn out ou aux risques psycho-sociaux. Preuve en est la récente manifestation des médecins sur le sujet. D'après l'Union française pour une médecine libre (UFML)., le burn-out ou épuisement professionnel menacerait un médecin sur deux. Le jeune syndicat, qui regroupe 4 500 membres depuis un an, organisait mardi 18 février une journée « noire » pour alerter la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Dans les hôpitaux, même s'ils ne sont pas toujours nombreux sur un territoire comme celui du Gard, les psychologues du travail sont un maillon essentiel. Laurent Simonin, exerce sa fonction sur plusieurs établissements publics de santé, dont celui d'Uzès.

En quoi consiste votre travail en quelques mots ?
Laurent Simonin : « Parmi les principales missions, je remplis celles-ci : œuvrer pour la prévention des risques psychosociaux (RPS), mener des enquêtes psychosociales (satisfaction au travail), coordonner la réalisation du Document Unique d'Evaluation des Risques Professionnels, évaluer des organisations de travail en matière de santé au travail, animer des groupes de paroles, des groupes de travail, mener des entretiens individuels et de groupe, contribuer à la gestion de conflits, faire de l'accompagnement professionnel (projet professionnel, bilan pour une réorientation...) ».

Comment décririez-vous le phénomène de burn out ?
L.S. : « Le burn out ou syndrome d'épuisement professionnel (ou émotionnel) se retrouve au dernier stade d'un processus lié au stress :
• l'alarme
• la résistance
• l'épuisement.
C'est au stade de l'épuisement que le sujet se retrouve à un point de déséquilibre sévère entre ses contraintes du travail et ses ressources ».

Quelle peut en être la cause ?
L.S. : « Cela peut être dû à la charge de travail, aux horaires, à une fiche de poste plus ou moins définie, à un environnement de travail peu favorable, et même à un questionnement sur l'avenir de l'entreprise ».
Y a-t-il des éléments qui viendraient en renfort ?
L.S. : « Oui. La relation de travail avec les collègues, la hiérarchie... Si l'encadrement s'appuie sur un management plutôt participatif et bienveillant, en soutien du salarié. Comme l'explique le modèle de Karasek, le stress en question naît d'une insuffisance de latitude de décision et de soutien social pour faire face à la demande psychologique du travail, ce qui crée un déséquilibre ».

Décloisonner les services

Les personnels hospitaliers seraient-ils plus touchés ?
L.S. : « Ils peuvent l'être comme tous les métiers où les relations avec les autres sont importantes. Après il y a une part individuelle qui joue, lorsque l'on a une tendance générale à l'empathie, à l'anxiété, à l'obsession du travail bien fait. On a rarement des cas de burn out chez les employés qui ne se sentent pas investis par leur travail ».

Qu'est ce qui a été mis en place récemment à l'hôpital d'Uzès ?
L.S. : « Depuis 2012, la Direction des Ressources Humaines a monté un groupe de travail sur la qualité de vie et le bien être au travail. Un groupe pluri-professionnel, incluant la plupart des corps de métiers (médecin du travail, DRH, soignants, cadres de santé, assistants sociaux, secrétaires, psychologue du travail...). Le but est de mettre en œuvre des outils de prévention contre le burn out ou le mal-être au travail au sens large, avec trois type de prévention : primaire (en agissant directement sur les facteurs de risque), secondaire (formation au management...) et tertiaire (soutien, aide, analyse par le médecin du travail et le psychologue du travail). Dans le cadre de ce groupe de travail mis en place au CH d'Uzès, nous avons organisé par exemple des « journées découvertes ». Le principe, c'est de décloisonner les services et de favoriser les échanges entre agents qui n'ont pas l'habitude de se rencontrer, ou qui ne se côtoient que indirectement, et permettre la découverte des métiers que les agents connaissent moins ou pas du tout. Nous avons mis en place un planning partagé pour programmer ces journées, les cadres jouent un rôle important dans cette organisation. L'agent se retrouve en pleine immersion dans un service qui lui est étranger, mais qui fait partie du même hôpital. Et donc, tout au long de l'année, des agents, cadres ou non-cadres vont à la rencontre des différents services. Déjà plus de 150 demandes ont été enregistrées et certaines journées ont été réalisées. Par ailleurs, dans le cadre d'un projet interrégional de prévention des RPS, dès avril-mai prochain, un groupe de travail sera constitué afin d'élaborer un plan d'action. C'est un intervenant extérieur qui animera ce groupe constitué d'agents hospitaliers pour échanger sur les risques psychosociaux et définir des actions de prévention. Des formations seront proposées aussi pour les cadres. Des projets de ce type seront développés aussi dans les établissements qui ont participé au Baromètre social 2013.

 


Témoignage : " Je voulais bien faire mon travail"

Etienne travaille dans l'humanitaire. Il est originaire de la région, et a été victime il y a un an et demi d'une arythmie cardiaque ou « fibrillation auriculaire ». La conséquence d'un burn out comme l'explique le jeune trentenaire qui a dû subir une opération chirurgicale en mai dernier. Comment en est-il arrivé là ? C'est ce qu'il tente aujourd'hui encore de comprendre.Dérèglement du système sympathique

« J'ai été cadre, pendant quatre ans, avec de grosses responsabilités. Mais je n'avais pas de chef direct sur mon secteur. J'étais seul pour gérer des missions avec des objectifs importants, et une direction centrale très éloignée. J'étais également très mal payé. Pourtant, j'avais à coeur de mener à bien toutes mes missions. Je travaillais de 5h du matin à 23h le soir. On ne se rend pas compte que l'on est dans le rouge, jusqu'au jour où l'on se retrouve aux urgences. J'étais paniqué. J'ai été arrêté une semaine. Et à mon retour, j'ai demandé du renfort au vu de la charge de travail que je n'arrivais plus à assumer. La direction a refusé et m'a dit d'attendre un an. Seule solution, la mutation ou la démission. J'ai finalement réussi à obtenir un poste avec plus de recul sur un autre secteur. Deux ans après ce burn out, je m'en remets à peine. Et hormis l'opération, j'avais, encore après, des crises de panique dans les transports en commun. Je ne pouvais plus prendre le train. Je suis actuellement en arrêt pour réapprendre à gérer les crises d'émotion, auprès d'un psychiatre. Il s'agit d'un dérèglement du système sympathique. Il y a eu un avant et un après burn out, alors que tout allait bien dans ma vie privée. Je me suis mis à stresser dès que je recevais un appel du boulot... J'en rêvais même la nuit ! », conclut-il.

Propos recueillis par Mickaël Attiach.


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