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Cueilleur de mémoire

Jacques Roux n’a quasiment jamais quitté Uzès, la ville qui l’a vu naître voilà 79 ans. Correspondant du quotidien régional depuis de très nombreuses années, il nourrit une passion pour la cité ducale. Il possède ainsi une collection hors normes sur Uzès, mais aussi sur les villages alentours.

 

Présenter Jacques Roux relève de la gajeure. Tout le monde connaît cet Uzétien muni de son carnet et de son appareil photo, chargé de réaliser depuis plus de 50 ans maintenant la chronique de la ville locale. Mais derrière l’homme de terrain se cache un passionné. Jacques Roux est amoureux de la ville qui l’a vu naître le 25 février 1936 au 24, rue de la petite Bourgade.

Les Bourgades, première banlieue hors remparts d’Uzès, créée au XIVe siècle.«Au numéro 22 habitait Joséphine Durand, la fille du dernier voiturier d’Uzès, au n°26, le tueur de cochons et en face, des gens qui travaillaient au Serrebonnet (lieu de l’ancienne usine à gaz, ndlr)».

Pour son anniversaire ou pour Noël, le petit Jacques se voyait offrir des livres sur Uzès. «Je ne jetais rien». Ces livres lui ont été d’une aide précieuse pour ses études, au moment d’écrire un mémoire consacré à la ville. Dans les années 1950, un ami se vante auprès de Jacques Roux de sa riche collection de cartes postales uzétiennes : environ 600. «Je lui ai alors montré ce que j’avais en ma possession et je me suis rendu compte que j’avais un millier de cartes !».

Toute la France

Ce n’est que vers la cinquantaine que Jacques Roux a commencé à s’intéresser de plus près à sa collection, parcourant la France entière à la recherche de documents. Une des premières photos obtenues, celle d’une diligence, date de 1896.

Elle assurait la liaison entre Uzès et Nîmes. À la place du conducteur, Auguste Durand, à ses côtés Adolphe, son frère, que Jacques Roux a connu durant son enfance. En 1912, un service d’autobus Uzès-Nîmes est créé, «mais la diligence subsistera jusqu’en 1915, date à laquelle le père Durand prendra sa retraite».

Cet amateur d’art (il possède des oeuvres de Subleyras, Sigalon, Froment ou encore Roybet) aime volontiers à se définir comme un «cueilleur de mémoire». L’inventaire de sa collection donne le tournis. «Quand je commence une collection, je vais jusqu’au bout. J’ai une énorme collection de factures (plus de 3 000) de commerces et artisans d’Uzès de 1850 à 1950. Celles du XIXe siècle sont souvent illustrées de dessins. Elle complètent les guides du Gard (une vingtaine) de la même période qui recensent les pôles économiques des villes et villages de notre département. J’en possède un daté de 1894 qui concerne le monde entier, qui compte 4 000 pages et pèse 4 ou 5 kg. Ma collection de livres sur Uzès, anciens - et certains fort rares - et modernes dépasse le nombre de 300».

Certaines publications, diverses et anciennes, réservent des surprises. Comme les minutes du tribunal de Valence du 18 juillet 1853 qui a condamné à mort Cadet Monet, l’assassin désigné du vicomte de Dampmartin, maire d’Uzès. En page de garde, un sous-titre : «Histoire d’une erreur judiciaire». Car «20 ans après, le véritable assassin s’est accusé de ce crime...». Mais poursuivons notre revue de détail : «Ma collection de bons communaux d’Uzès, de timbres sur Uzès, de Cigale Uzégoise, de bulletins du musée, de la Société historique de l’Uzège, de la revue Uzès et l’Uzège… est pratiquement complète. S’y ajoutent des médailles, des objets qui chacun raconte une histoire. On peut encore y ajouter des milliers de diapositives et des photos modernes sur ma ville natale et ce sera presque complet».

Jacques Roux puise dans cet incroyable vivier pour animer ses fameuses «causeries». Le public uzétien répond à chaque fois au rendez-vous, avide d’anecdotes et d’images rares. Les photos et cartes postales diverses conservées dans d’imposants albums sont classées pour proposer une balade cohérente dans Uzès, rue par rue, en débutant par la route de Nîmes. C’est Emile Peladan, dont le grand-père avait ouvert la Maison universelle en 1840, qui lance la carte postale avec photo dans notre cité. «En 1899, il édite la première carte postale représentant la place de la République (devenue la place aux Herbes), côté hôtel de la Rochette ».

Jeu concours

Pour identifier les nombreux habitants présents sur ces instantanés de la vie locale, Jacques Roux s’est appuyé sur les témoins de l’époque. Pendant une certaine période, un jeu concours avait même été lancé dans Le Républicain d’Uzès. Jacques Roux publiait chaque semaine une carte postale et les lecteurs devaient en identifier les protagonistes. Une mine de renseignements.

Cette balade au fil des rues s’apprécie dans le premier livre que Jacques Roux a consacré à Uzès en 1992, Uzès métamorphoses. Son dernier livre, Uzès un peu d’histoires, beaucoup d’images, paru aux éditions de La Fenestrelle, a adopté un classement thématique. Mais les deux ouvrages sont riches en photos illustrations et en informations. Un exemple parmi tant d’autres : le «petit jardin clos, agrémenté d’un jet d’eau, d’arbustes et de plantes, un véritable îlot de fraîcheur qui rendait moins austère l’entrée du tribunal.

Mais le sous-préfet Légo insista auprès du maire Léonce Pascal pour que ce bassin fût enlevé». Le fonctionnaire ne supportait pas le coassement des grenouilles ! «Les tridents de la grille, chers à Neptune, entourent aujourd’hui notre monument aux morts». La chapelle des Capucins, qui abrite l’Office de tourisme Pays d’Uzès ? Elle fut construite en 1635 sur l’emplacement d’un château fort et d’un temple romain dédié à Auguste. Elle accueillit même la sépulture des Ducs d’Uzès jusqu’en 1789 et la gendarmerie en 1900.

Nostalgique du passé, Jacques Roux ? Pas du tout, répond le cueilleur de mémoire. «Je suis très attaché à Uzès, je n’ai jamais quitté cette ville, sauf pour mes études». Mais l’évocation de la cité ducale aujourd’hui le rend un peu moins disert. «C’est décevant. La ville a su évoluer sans s’adapter au XXIe siècle. Il n’y a pas eu de transformation notoire. L’évolution ne s’est pas faite dans la qualité, mais dans la diversité».

Après Uzès, il prépare plusieurs livres consacrés aux villages. Un parlera des 15 villages de l’ancien canton d’Uzès, le second des 16 autres qui forment le nouveau canton d’Uzès. En projet également, la compilation de ses articles parus dans Midi Libre, année par année. Une véritable machine à remonter le temps. Son exceptionnelle collection, Jacques Roux sait déjà à qui il la confiera. À son fils, Dominique. «Elle a à la fois une valeur financière et sentimentale».

Christophe Gazzano (c.gazzano@riccobono.fr)

 


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