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Regarder la misère en face

24/08/2018

Pour son 4e roman, Véronique Le Goaziou signe une chronique émouvante sur un mal d’aujourd’hui : la pauvreté.

La Colliassoise Véronique Le Goaziou sort aujourd’hui un nouveau livre : «Monsieur Viannet». Un livre poignant, dans lequel il n’est pas facile de se plonger, tant il nous oblige à regarder en face une vérité dérangeante. Celle de la misère, sous tous ses aspects les plus sombres : misère matérielle, misère sociale, misère humaine...

Pourtant, plus on accepte de voir cette vérité en face, plus on s’attache à M. et Mme Viannet. On a envie de les aider, quitte à les brusquer pour le faire. Comme la narratrice, qui tisse au fil des pages un lien très fort avec ce couple atypique.

Comme souvent, une part de l’histoire a été inspirée par des faits réels. «M. et Mme Viannet n’existe évidemment pas, mais j’ai connu il y a quelques années, dans le cadre d’une enquête sociologique, un couple qui leur ressemblait un peu. Je me rappelle d’ailleurs qu’à l’époque, j’avais été frappée par ce couple, notamment la femme. C’était une femme magnifique, une reine qui n’avait rien à faire dans un taudis pareil».

En effet, Véronique Le Goaziou, avant d’être romancière, est d’abord sociologue et anthropologue. Il y a une dizaine d’années, comme sa narratrice, elle a accepté de réaliser une étude pour une association s’occupant de réinsertion, notamment après un séjour en prison.

«J’ai rencontré une soixantaine de témoins à l’époque. J’avais souhaité avoir un échantillon le plus représentatif possible avec des gens d’âges différents, punis pour des crimes différents, avec des peines d’emprisonnement de longueur variable. Des gens qui s’en étaient sortis et d’autres non. J’ai été très touchée par leurs histoires et je m’étais promis d’écrire un roman sur ce sujet».

Le dernier roman de Véronique Le Goaziou, que nous vous avions présenté il y a deux ans, avait quelque chose de très personnel, de très intime.

Dans celui-ci, on sent la nécessaire distance que doit instaurer le sociologue avec son sujet d’études. Mais une distance qui se fissure au fil des pages et de la découverte des époux Viannet, de leur parcours terrible qu’on a envie de connaître tout en refusant d’accepter que de tels drames puissent encore se produire aujourd’hui dans notre société dite «civilisée».

«Ce sont des gens très conscients de leur situation, très lucides, avec un regard souvent très fin sur notre société. Ils sont enfermés dans une espèce de cercle vicieux  : victimes de violences, ils deviennent violents à leur tour... Issus d’un milieu défavorisé, ils peinent à s’en sortir et tombent facilement dans la spirale de la délinquance. C’est comme si leurs parcours social était prédestiné. Mais cela ne les empêche pas de conserver une certaine fierté, de se montrer très dignes face à l’adversité».

Il y a deux ans, Véronique Le Goaziou décide de concrétiser son projet de roman. Elle se replonge dans ses archives pour créer une fiction. «Mon éditrice m’a beaucoup aidée pour éviter de sombrer dans l’écueil de l’essai sociologique. Car il est tentant de restituer ses analyses de sociologue mais on est dans la fiction, pas dans la réalité. Cela a été une très belle aventure une fois de plus».

«Monsieur Viannet» invite chacun à s’interroger sur le sens de la vie. De quoi a-t-on réellement besoin pour vivre ? Quel rapport entretient-on avec le temps et l’espace quand on ne sort plus du tout de chez soi ? Qu’on ne voit personne ? Quel avenir se dessine pour ces personnes ? «C’est aussi un roman sur l’isolement, notamment social et sur le couple». Car M. et Mme Viannet, au-delà de la première impression de rôles dominant-dominée révèle l’intensité d’une relation amoureuse à travers le temps, la misère, la violence.

Vous pourrez retrouver Véronique Le Goaziou à la prochaine édition de Lussan se livre ce dimanche 26 août.

Le livre est également disponible à la Librairie Soie et à la Librairie le Parefeuille, mais aussi sur commande.

 

«Monsieur Viannet», de Véronique Le Goaziou, aux éditions de La Table ronde, 16 €.

 


Muriel Duny

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