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Karak Apok, photographe de rue

29/11/2018

Le Saint-Quentinois arpente rues et ruelles en quête de l’instant décisif. Des arrêts sur image qui révèlent des tranches de vie. Et disent  aussi beaucoup sur le photographe lui-même.

L’émotion, c’est ce que Karak Apok veut faire passer dans ses photos. Et il est payé en retour. «Dans l’une de mes expos, une vieille dame est tombée en larmes devant l’un de mes clichés. Il lui a rappelé son grand-père qui faisait des photos à la chambre photographique. La vieille dame a été submergée par l’émotion et là... c’est la paye», s’étonne encore le photographe qui n’en revient pas des réactions des gens : «ça me coupe en deux !».

Ce sont d’abord les félicitations de son entourage qui l’ont incité à exposer ses œuvres. Puis il a été repéré par  Gisèle Soltys, la grande prêtresse du festival photo des Azimutés d’Uzès qui a sélectionné son travail photographique pour l’édition 2016. Et cet été, même pas peur, il a lancé le «off» du festival... tout seul, dans une boutique rue du Salin. Bien placé, le lieu n’a pas désempli. «ça a donné pas mal d’idées aux autres photographes pour l’année prochaine...».

Ses clichés ne versent pas dans la douceur enchantée. Son parti pris ? Des contrastes qui dramatisent. Une netteté renforcée qui durcit les traits des personnages. «Je transpose mes propres sentiments, ma propre vie dans mes photos. Je veux afficher la dureté de la vie sur le visage des gens tout à fait ordinaires. Photographier des personnes à la dérive ne m’intéresse pas». Et «si il y a une bonne lumière qui se présente c’est mieux» assure le photographe, «mais ce n’est pas indispensable». 

Pour fixer des scènes de vie, Karak Apok erre dans la rue comme une âme en peine. «Toute ma vie j’ai observé les gens, je continue». Son appareil en main, il se met en marche les sens en alerte :  «Je capte les bruits, les odeurs pas seulement les images».

Pas question pour le photographe de se cacher. Il travaille au plus près des visages et des corps. Il fait sienne la phrase du célèbre photographe Robert Capa : «Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près». Mais ce n’est pas sans risque : «Des fois, j’abuse et ça se passe mal. Je  peux aller trop vite sur mon sujet ce qui dérange. Et, une fois, un inconnu m’a shooté, lui aussi : avec les poings ! ça m’a fait mal».

Malgré cette expérience explosive, Karak n’a pas changé sa manière de faire. «Si le photographe négocie avec son sujet c’est fichu, il se prive de toute spontanéité. En revanche, une fois la photo captée je discute. Et je propose de supprimer la photo si ça gène. Si ça ne gène pas, c’est un accord tacite. En  général ça se passe bien». Reste que Karak Apok ne le nie pas : «C’est du vol consenti, comme disait le photographe édouard Boubat».

Entre Karak Apok et la photographie c’est une vieille histoire... d’amour, qui a connu des hauts et des bas comme dans toute relation. «Mon père faisait des photos et ma mère tenait, à une époque de sa vie, une galerie de peinture. Mouloudji était un ami de la famille et Pierre Perret passait à la maison comme d’autres artistes pas forcément dénués de talents. Je baignais dans un milieu artistique, ce qui a laissé des traces». Karak fait des photos en amateur «mais la pellicule coûtait cher, j’avais ma survivance à assurer». 

C’est sur les pistes de ski qu’il va redécouvrir la pratique de la photo. Dans la station des Deux Alpes, son boulot : photographier les touristes sur les pistes. «La pelloche était à disposition, ce qui m’a permis de réaliser des travaux perso à moindre frais. Je me suis mis à prendre les gens un peu partout».

Puis c’est à nouveau la diète photographique jusqu’à l’arrivée du numérique. «Il y a quelques années, ma compagne m’a offert un petit appareil numérique. Je m’y suis mis mollement puis j’ai compris toutes les potentialités offertes par le numérique.  Je pouvais gérer mes photos de A à Z, sans intermédiaire. C’est devenu addictif : j’ai acheté un appareil plus performant».

Aujourd’hui, Karak Apok poursuit son travail avec minutie. De quoi préparer une nouvelle expo mêlant l’émotion, la spontanéité et la recherche d’humanité.


Yves Thétiot

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