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Bernard Dumont, au plus près de ceux qui s’éloignent

Depuis sept ans, Bernard Dumont est bénévole accompagnant pour l’Association pour le développement des soins palliatifs dans le Gard. Il est souvent le dernier confident des personnes en fin de vie.

À l'aube de prendre sa retraite il y a un peu plus de sept ans, Bernard Dumont a souhaité se rendre utile. Il est devenu bénévole-accompagnant pour l'Association pour le développement des soins palliatifs dans le Gard (ASPGard). « Notre rôle est d'accompagner les personnes en fin de vie, de les aider au moment où elles en ont le plus besoin », explique ce quasi-septuagénaire. Les soins palliatifs, tels que définis par l'association, visent à « soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychique, à sauvegarder la dignité de la personne malade et à soutenir son entourage ». Bernard est aujourd'hui le secrétaire départemental et le coordinateur sur l'Uzège de cette association.

Formation

Comme tous les bénévoles, il a dû suivre une formation sur 9 mois, à raison d'un samedi par mois. « Cette durée est très importante. Une maturité se fait. C'est une formation qui nous remet en cause, nous fait aller au plus profond de nous-mêmes. Face à la mort ». La sélection des bénévoles s'effectue en amont, par un psychiatre et des membres de l'association. Première des qualités à avoir : le sens de l'écoute. « Il faut éviter de projeter sur l'autre ce qu'on pense soi-même ». Car Bernard Dumont ne se lasse pas de le rappeler : « nous sommes dans l'être et non pas dans le faire ».

À l'issue de la formation, les personnes en fin de vie sont confiées au cas par cas aux accompagnants. L'association (18 conventions ont été signées avec des établissements hospitaliers, des cliniques et maisons de retraite du département) signale les personnes qui en ont le plus besoin. Le bénévole établit un premier contact, au cours duquel il explique sa démarche. Ensuite, il lui faudra l'accord du patient et de sa famille pour débuter l'accompagnement. Pas question de mettre en porte à faux la personne malade et son entourage. « Celui qui va mourir a besoin de partir en paix ». Le bénévole se rend au chevet du malade une fois par semaine environ. Les visites peuvent durer 1h comme 10 minutes. Tout dépend de l'état de santé de la personne accompagnée. Laquelle en profite souvent pour se confier comme elle ne l'a jamais fait.

Des mots sur les maux

Elle met, comme Bernard aime à le dire, « des mots sur les maux ». « Nous n'avons pas l'approche thérapeutique des psys. Ils nous disent des choses qu'ils ne diraient pas à leur famille, nous parlent de leur mort. Le malade a besoin d'exprimer son anxiété face à cela ». Le bénévole accompagnant est d'ailleurs tenu au secret professionnel. « Si je pense qu'un élément peut intéresser la famille, je demande l'autorisation de le communiquer ».

À chaque fin de visite, Bernard remplit un carnet de liaison, qui reste à l'hôpital. Il lui permet de donner ses impressions sur le patient visité. Mais en aucun cas il ne peut émettre de jugement sur son état de santé. Il s'agit plutôt d'un baromètre du moral du malade. Deux bénévoles sont désignés par personne concernée. Ils interviennent en alternance. Et Bernard n'y voit que des avantages. « Cela nous évite de nous accaparer le patient. Il ne faut pas s'attacher, sinon nous serions en deuil permanent ».

Bernard Dumont peut aussi se déplacer à domicile. Dans ce cas-là, Bernard a pu constater qu'il était souvent amené à faire une « double visite ». Une avec le malade ; une autre avec sa famille. À part. Quelquefois, quand les deux parties sont réunies dans la pièce et que Bernard leur sert d'intermédiaire, la magie opère. Un jour, un homme a confié à Bernard tout le bien qu'il pensait de sa femme, en présence de la principale intéressée. « Elle était juste derrière lui. Il a dit de belles choses, l'a remerciée... Il s'adressait à moi, mais je savais que ça n'était pas pour moi ».

L'accompagnement vers la fin de vie est éprouvant. Les bénévoles accompagnants restent avant tout des êtres humains. Ils participent à des groupes de parole obligatoires. Où, enfin, ils peuvent parler d'eux. « Nous faisons le point et nous déchargeons de grosses émotions ».
Paradoxalement, Bernard considère que la mort « n'est pas la pire des choses. Dans certains cas, il peut s'agir d'une libération ». L'Association pour le développement des soins palliatifs est contre l'euthanasie et l'acharnement thérapeutique. Mais personne n'a encore demandé à Bernard Dumont de l'aider à mourir. « Ils veulent arrêter de souffrir. La souffrance est inadmissible, mais là, on sort de notre bénévolat. C'est un autre débat ».

En sept ans, Bernard Dumont a donc été confronté à des dizaines de cas. Tous différents. Il en ressort transformé. « Ce n'est pas un bénévolat qui laisse indifférent. Toutes ces années m'ont enrichi. Cela permet de relativiser beaucoup de choses ».
Christophe Gazzano

(Article paru dans Le Républicain d'Uzès n°3274, du 24 juin 2010)


 

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