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Marguerite se souvenait de la Première Guerre Mondiale

Centenaire de Montaren-et-Saint-Médiers, Marguerite Demoulin nous a quittés il y a quelques jours, à l'âge de 103 ans. Nous l'avions rencontré il y a un an, dans le cadre d'un dossier consacré aux centenaires qui croquent la vie à pleines dents. Nous vous proposons de (re)découvrir l'article dans lequel elle apparaissait.

D'aussi loin qu'elle se souvienne, l'arrière-grand-mère de son père a vécu jusqu'à l'âge de 104 ans. Autant dire qu'à 102 ans et des poussières, Marguerite Demoulin, née le 6 novembre 1908, peut encore voir venir.
Elle nous accueille dans sa maison de Montaren-et-Saint-Médiers, qu'elle a achetée en 1964 avec son mari, Abraham. Et qu'elle a retapée avec lui, un an durant. « J'ai tout peint, du sol au plafond », se souvient-elle. Marguerite est installée sur son fauteuil, près de la fenêtre. Sa voisine, qui lui rend visite quotidiennement, est à ses côtés. Il est grand temps de replonger plus d'un siècle en arrière, en compagnie de cette éternelle jeune fille qui se plaît à dire qu'elle a « une mémoire d'éléphant ».

Nordiste pur jus

Marguerite a beau vivre dans le Sud, c'est une Nordiste pur jus. Une cht'i comme on dit communément, depuis le triomphal succès du film de Dany Boon, Bienvenue chez les ch'tis. Un film qu'elle confesse, au passage, avoir détesté. Le 6 novembre 1908, la petite Marguerite pousse ses premiers cris à Anzin, « une grosse ville minière » près de Valenciennes. Son frère, Adolphe, est alors âgé de 4 ans. Son père travaille à l'usine, sa mère est femme au foyer, comme toutes les femmes à cette époque. Lorsque la « Grande Guerre », comme on l'a surnommée à cette époque, éclate, elle est tout juste âgée de 6 ans. Son père est mobilisé. Mère et enfants partent se réfugier à Beauvais, « chez un frère à ma grand-mère ».

Les Allemands

Elle n'aura plus de nouvelles de son père jusqu'à la fin du conflit. Avec son regard de petite fille et les faits rapportés par sa mère par la suite, elle se souvient de cette nuit où les Allemands sont venus tambouriner à sa porte. « Ils étaient 17, avec des fusils. Ils cherchaient à s'asseoir et à boire un café ». Très vite, les Allemands prennent leurs aises dans la demeure. « L'un d'eux a mis les chaussons de ma grand-mère ». Mais la cohabitation improvisée se passe bien. « Mon frère était nerveux et avait tendance à faire des grimaces en dormant. Un Allemand l'a pris pour le coucher dans son lit ». Le lendemain, quand les Allemands quittent les lieux, ils inscrivent quelques mots à la craie sur la porte de la maison. « Un voisin nous a dit de ne surtout pas effacer. Ils avaient écrit : « braves gens ». Par la suite, nous n'avons donc eu à loger que des gens convenables ».
Marguerite ne revoit son père qu'en 1917, à Paris. « Quand il a vu sa femme, sa belle-mère et ses enfants, il n'en a pas mangé pendant trois jours. Voir sa femme aussi maigre... ».
En 1919, la petite famille descend à Bessèges, dans le Sud, « quand on a voulu décentraliser les usines situées tout près de la frontière allemande ». Son père travaille dans une usine de tubes.
Marguerite grandit donc dans le Sud. À l'école, elle se souvient des classes « à 63 élèves », où personne n'aurait eu l'idée de remettre en cause l'autorité de l'institutrice. La fille du Nord est du genre garçon manqué, toujours à jouer à des jeux de garçons. Cela lui a parfois joué de mauvais tours, comme pour ce premier jour à la maternelle, où on l'a confondue avec un garçon. « On m'a mise à faire pipi avec les garçons ! ».
Le garçon manqué finit par trouver l'amour en 1927, avec Abraham, qui travaillait dans la même usine que son père. Ils se marient à Lille. Elle a deux enfants avec lui : Jacques et Denise. Abraham n'est pas mobilisé pendant la Seconde guerre mondiale. Trop âgé. Il est requisitionné en usine.

Centenaire

Dans les années 60, le couple finit par s'établir à Montaren-et-Saint-Médiers. Abraham décède en 1984, à l'âge de 84 ans. « Si on m'avait dit que je deviendrais centenaire, j'aurais ri au nez des gens, confesse Marguerite. Je n'en avais pas du tout envie ». Surtout que, comme elle le dit modestement, « j'ai pas eu une vie rigolote ». Une vie marquée par de nombreux drames : la mort de son fils, deux ans après la guerre d'Indochine, celle de son petit-fils en pleine fête votive de Montaren...
Aujourd'hui, elle prend les choses avec un peu plus de philosophie. La vue baisse, quelques problèmes d'audition se font sentir mais « je n'ai pas à me plaindre. Je ne suis pas sur un lit de douleur ». Ce qui ne l'empêche pas de s'interroger sur le monde actuel. « Avant, quand on avait des gosses, on s'en occupait ! Maintenant, il y a trop de facilités. Tout se fait tout seul et les gens n'arrivent à rien... ».
Pour les 100 ans de Marguerite, son entourage lui a offert un baptême en ULM. Une première pour elle, amusée de constater que sa famille était beaucoup plus stressée qu'elle à ce moment-là.
La vieille dame ne confesse aucun excès dans sa vie. Elle s'octroie seulement un verre de Martini, avant de manger.
Sachant que la doyenne de l'humanité, Jeanne Calment, avait l'habitude de fumer et de boire un verre de vin rouge par jour jusqu'à sa mort, à l'âge de 122 ans, on ne peut que souhaiter à Marguerite Demoulin de connaître le même destin.

Christophe Gazzano

(Article paru dans Le Républicain d'Uzès n°3306, du 3 février 2011)

Pour revoir le reportage vidéo que nous lui avions consacré, cliquez ici.


 

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