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Un écrivain du bout du monde

Olympe Bhêly-Quenum est considéré comme le plus grand écrivain béninois en activité. Peu connu en France mais pourtant star internationale, il vit à Garrigues-Ste-Eulalie depuis qu'il est tombé sous le charme d'Uzès.

L'homme a la passion des livres et de la langue française. Il a aussi son franc-parler et n'hésites pas à lancer quelques piques assassines contre les éditeurs français, qui ont encore trop souvent tendance à considérer les écrivains africains francophones d'un œil colonialiste.

«On dit que les écrivains africains anglophones osent davantage critiquer le système, mais aucun éditeur en France n'a le courage d'éditer un auteur francophone qui évoque la période coloniale», s'amuse Olympe Bhêly-Quenum. Lui qui est né au Bénin, d'un père lettré passionné par la France et d'une mère grande-prêtresse vaudou est fier d'avoir réussi par lui-même. «Je ne dois rien à personne, je n'ai bénéficié d'aucune bourse, que ce soit du Bénin ou de la France et j'ai poursuivi mes études en France grâce à de l'argent que j'avais gagné avant de partir».

Dès l'enfance, Olympe Bhêly-Quenum est un contestataire. Lui qui est né dans une vieille famille aristocratique refuse de suivre la voie toute tracé de ses pairs après le certificat d'études. «À l'époque, on devenait soit instituteur, soit médecin, soit administrateur colonial. Moi je ne voulais rien de tout cela, je voulais apprendre l'anglais». Il quitte le domicile familial avec la ferme volonté de s'auto-financer. Et, grâce au soutien de sa grand-mère et de sa grand-tante et à quelques petits boulots, finit par réussir.

«Cela a été ma grande chance d'avoir des rudiments d'anglais puisque, quand je suis rentré au pays, j'ai pu être embauché dans une entreprise britannique. Nous étions 95 candidats pour seulement deux postes à pourvoir et j'étais le plus jeune employé du haut de mes 18 ans». À cette époque, il gagne très bien sa vie. Et tord le cou au passage au cliché du pauvre jeune Africain qui a besoin d'assistance pour suivre ses études et doit donc remercier la France de l'aider. «C'est une vision très répandue à l'époque» et un moyen de museler cette jeunesse venue des colonies françaises.
Car quand Olympe Bhêly-Quenum débarque à Marseille, nous sommes encore en 1948, à la plus belle époque de l'empire colonial français. «Je suis arrivé en pensant rester deux ans, avec assez d'argent pour être indépendant financièrement».
Il ne repartira jamais. D'une première escale à Marseille, il ira jusqu'en Normandie, en passant par Antibes, la région parisienne, où il enseigne durant de nombreuses années.

Mais son cœur appartient à Uzès depuis sa toute première visite dans la cité ducale, en 1951, presque par hasard. Lorsqu'il cherche une maison avec son épouse, son choix se porte naturellement vers cette ville avec un critère de sélection précis «pas plus de 10 km d'éloignement». C'est finalement à Garrigues que le couple s'installe, et fait superbement rénové un vieux mas. «Cela m'a ruiné mais mon épouse est ravie et nous avons de la place pour accueillir toute notre famille», souligne l'écrivain en riant.

Car cet ancien professeur de lettres est aussi un auteur prolifique, qui, sous la forme romancé, décrit précisément les errements du colonialisme dans différents ouvrages, dont la plupart ont été soit auto-édités soit édités à l'étranger, les éditeurs français se montrant souvent très frileux sur le sujet. «C'est quand même toute une partie du patrimoine francophone qui disparaît à cause de ces craintes. Plusieurs de mes livres sont sortis en anglais avant de sortir en français. Mes premiers ouvrages sont épuisés ou presque. Je suis traduit dans plusieurs pays mais en France, je suis presque un inconnu». Pourtant, Olympe Bhêly-Quenum est profondément attaché à notre pays, qui a vu naître et grandir ses enfants. «Je n'ai plus rien au Bénin, j'ai tout vendu pour financer les travaux de notre maison. Chez moi, c'est ici maintenant».

Muriel Duny


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