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Au service des Uzétiens

La Taverne, un nom mythique qui rappelle des souvenirs à des générations d'Uzétiens. La belle aventure de cet hôtel-restaurant tenu par les Hamparztoumian pendant 42 ans s'est achevée il y a quelques mois avec leur départ à la retraite. Mais la relève est là...

Gérard Hampartzoumian, Lorrain d'origine, a toujours baigné dans la restauration. Son épouse, Denise, est à l'origine secrétaire. Elle a vécu dans le sud-ouest. Tous deux ont entendu parler pour la première fois d'Uzès grâce à André Hampartzoumian, le frère de Gérard. Ce photographe professionnel éditait plusieurs revues. Sur la dernière de couverture de l'une d'entre elles, l'illustration n'était autre que la boîte aux lettres monumentale de La Poste d'Uzès, à l'époque où elle était encore située face au Duché.

Extraordinaire

«Mon frère connaît toutes les villes du Languedoc-Roussillon. Il trouvait Uzès extraordinaire». André et Gérard se sont mariés le même jour. Ils ont épousé deux sœurs. Gérard a choisi Denise le 13 décembre 1969 à Saint-Guilhem-le-Désert. De leur union sont nés, Stéphane, devenu inspecteur du travail et Sophie, gérante de l'hôtel familial, à l'endroit même où tout a débuté, il y a 42 ans...
Après avoir visité plusieurs établissements dans la région, les Hampartzoumian ont eu le coup de foudre pour La Taverne. Par superstition, ils n'ont jamais changé le nom du lieu. Ouverture le 1er avril 1973. Spécialités de la maison ? Le bœuf bourguignon, les omelettes de Gérard, le filet aux morilles, le cassoulet... Et bien d'autres. Ici, on aime la bonne chère.

Pendant longtemps, les Uzétiens ont continué à appeler le lieu «chez le Chinois», référence à l'avant-dernier propriétaire, un asiatique mort centenaire qui élevait des lapins au sous-sol. L'histoire ne dit pas s'il s'en servait pour sa cuisine...

Revenir sur les décennies d'activité de La Taverne, c'est faire le récit d'une époque «que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître». Celle où Uzès n'était pas encore tout à fait Uzès. Quand les Hampartzoumian ouvrent les portes de leur hôtel-restaurant La Taverne au 4, rue Xavier Sigalon, le nombre de restaurants à Uzès se compte sur les doigts d'une main.

Denise et Gérard Hampartzoumian citent de mémoire : Le Provençal, Chez Marcel, La Fine Bouche, Le Terminus, La Pizzeria des Arcades... La salle de restaurant de La Taverne était située dans l'actuelle réception de l'hôtel. Une capacité d'une trentaine de couverts, qui ne tardaient pas à trouver preneurs. «On ouvrait à 18h30. À 18h45, tout était déjà plein, se souvient Gérard Hampartzoumian. Il y avait la queue dans toute la rue Xavier Sigalon. Les gens sympathisaient en attendant dehors».

Le midi, La Taverne accueillait les employés des commerces uzétiens. Aux clients, le midi, se mêlait toujours une silhouette espiègle. Celle de la petite Sophie Hampartzoumian, qui a grandi dans le restaurant de ses parents. Pas timide pour deux sous, elle avait pour habitude de s'installer avec son plateau pour manger à la table des clients.
C'étaient les pensionnaires, les habitués. De nombreux commerçants. Parmi eux, un certain Jean-Luc Chapon, que Gérard Hampartzoumian a donc connu comme client, avant d'intégrer son équipe au conseil municipal en 1989.
Des générations entières de clients sont passées par ici. Forts de leur succès, les Hampartzoumian décident de s'agrandir en 1984. Ils déménagent leur restaurant juste en face, tout en gardant l'hôtel au même endroit. «Ici, on étouffait, on ne pouvait plus rien faire».

Quatre décennies d'existence ont permis à Gérard et Denise d'être les témoins des nombreux bouleversements qu'a connus le monde de la restauration. Les premiers repas servis à l'assiette, l'époque où la star n'était pas le chef mais le serveur... «Je me suis battu pour revaloriser ce métier, un métier de contact. Avec la télé-réalité aujourd'hui, tout le monde veut faire la cuisine et non plus la salle», regrette Gérard Hampartzoumian.

Prendre le temps

Une autre époque, une ambiance différente également. «Les gens avaient le temps. Aujourd'hui, plus personne n'a le temps !, regrette Gérard Hampartzoumian. «Il y a eu des rencontres superbes, c'était folklorique», sourit Denise. Elle se souvient de ce Corse, qui animait un jeu de roulette de casino durant la fête votive et dont on disait qu'il gardait toujours son pistolet à proximité. Ou encore, le dimanche soir, des Saint-Quentinois qui débarquaient en force au restaurant, s'amusant à sabler bouteilles de champagne sur bouteilles de champagne. «Ils les payaient toutes».
Il y avait aussi toutes ces équipes de tournage hébergées à l'hôtel. L'époque faste en matière de tournage de films ou de publicité à Uzès se situe dans les années 1970-1984. «Certains contrats de cinéma se signaient sur les nappes en papier du restaurant !», relève Gérard Hampartzoumian.

Le centre ville avait un autre visage. On comptait deux menuiseries, une ébénisterie... Le garage Renault, situé à l'emplacement de l'actuel Monoprix, permettait de faire son plein d'essence en centre-ville. Uzès comptait en ces temps-là une boîte de nuit sur l'Esplanade, à la place de l'actuel magasin Spar. La Potinière appartenait aux époux Declerck, anciens propriétaires du cinéma d'Uzès. La place aux Herbes n'avait pas son charme actuel. Elle était en chantier. «Nous avons vu Uzès se transformer grâce aux volontés politiques. Jean-Luc Chapon y est pour quelque chose». Le cœur d'Uzès se reportait alors sur les boulevards, principalement sur la place Albert 1er, où les bistrots ne désemplissaient pas, même à des heures tardives...

Paradoxalement, le Uzès d'hier semblait plus «cool» que la cité ducale du XXIe siècle. Des bodegas étaient même improvisées un peu partout dans Uzès pendant la fête votive.
Les Hampartzoumian se souviennent d'un festival mémorable, le Festival des musiques de rue, aux genres musicaux hétéroclites. Une année, le festival a accueilli le pianiste et compositeur Michel Petrucciani, pour un concert mémorable...

La retraite, cela faisait trois ans que Gérard et Denise y pensaient. Il faut dire que Gérard Hamparztoumian cumule pas mal de fonctions en-dehors de son restaurant. Premier adjoint au maire, président de l'Office municipal de la culture, président de l'Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie du Gard, élu à la Chambre de commerce et d'industrie de Nîmes où il préside la commission tourisme, président de l'Amicale philatélique de l'Uzège...

Un des combats de Gérard Hampartzoumian est la valorisation de la «bonne cuisine». Une de ses fiertés est l'obtention en 2009 du titre de maître restaurateur, un titre d'État encore méconnu, qui valorise la cuisine faite maison et donc un «état d'esprit et un respect de la marchandise et du client». Sur 160 000 points de restauration en France, selon l'Uzétien, seuls 30 000 font de la cuisine maison et seuls 3 000 ont le titre de maître restaurateur. Le chemin vers la reconnaissance est encore long...

Depuis le 1er juin, La Taverne a laissé place à un nouveau propriétaire, qui l'a rebaptisée Midi à l'ombre. Mais le nom cher aux Hampartzoumian continuera à perdurer de longues années encore par l'intermédiaire de Sophie, gérante de l'hôtel de la rue Xavier Sigalon, La Taverne de Sophie.

Christophe Gazzano


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