Même si c’est un peu par hasard que Léopold Pennino est arrivé à Blauzac, ce Belge passionné d’histoire a rénové avec art l’ancien château Chambarru, pour en faire une demeure digne d’un prince...
Le château Chambarru est une des plus anciennes demeures du village de Blauzac. « On retrouve sa trace dans un ancien compoix de 1541. Elle était alors la propriété du docteur Chambarru, d'où son nom actuel. Et si le nom a toujours été usité, il a fallu que nous découvrions ce document pour en connaître l'origine, les anciens du village n'ayant pas pu nous le dire. Nous pensions même que cela venait de «camp barré» qui aurait progressivement été déformé car, à l'époque, la maison se trouvait en extrémité du village, au bord de l'ancien cimetière (qui était sous la place du 8 mai jusque dans les années 1950, ndlr). C'est grâce à l'aide d'un voisin passionné de généalogie que nous avons retrouvé l'origine du nom », confie Léopold Pennino, heureux propriétaire de la bâtisse depuis bientôt un quart de siècle. « Ma cousine avait alors une résidence de vacances dans le village. Lors d'un séjour chez elle, nous avons découvert ce bâtiment et appris qu'il était en vente. Le propriétaire étant là, nous avons visité les lieux, et la vue du premier étage, où on aperçoit le Mont Ventoux, a conquis mon épouse », poursuit Léopold Pennino. C'était en 1987. « Au départ, nous n'avions acheté que trois ailes du bâtiment total, la dernière n'étant pas à la vente. Nous avons aussitôt entrepris d'importants travaux de rénovation, notamment de la toiture et nous avons pu y emménager dès août 2009 ».
Pourtant, les travaux étaient de taille, puisque ce sont près de 1000 m2 de charpente qu'il a fallu refaire. Mais, avec beaucoup de modestie et de simplicité, Léoppold Pennino reconnaît que ce chantier a été facilité par la possibilité d'y consacrer d'importants moyens financiers. Et, avec une patience de fourmi, il s'est attelé à la tâche sans fin de rendre à la maison sa splendeur d'antan. « Ce devait être une énorme propriété, car nous avons retrouvé des documents qui précisent qu'en 1890, les deux soeurs qui étaient alors propriétaires employaient 170 ouvriers agricoles », poursuit Léopold Pennino en indiquant les empacements du moulin à huile, de la fontaine et des deux magnaneries qui en dépendaient.
Si l'extérieur de la maison est somptueux, grâce à un jardin très bien aménagé, ce n'est que la première d'une longue série de magnifiques découvertes. En pénétrant dans la cour intérieure, on est saisi par la majesté de l'endroit et du pigeonnier « le plus haut et sans doute le plus grand de Blauzac ». En bons passionnés d'histoire, Léopold Pennino et son épouse ont fait resculpter des pigeons pour les quatre angles. «Nous avons découvert ensuite que ces sculptures étaient en fait des leurres qui attiraient leurs congénères vivants ».
Petit à petit, le château Chambarru a pris un visage bien différent. « Ma maison reflète ma personnalité et celle de ma famille. Nous n'avons pas fait appel à un architecte. Par chance, mon épouse avait conçu les plans en une après-midi et je réfléchis toujours beaucoup aux aménagements. C'est avant tout un travail de patience », explique Léopold Pennino, en guidant le visiteur dans les anciennes écuries puis dans l'ancien entrepôt de matériel agricole, transformé en un très beau séjour, qui débouche sur une bibliothèque qui ferait la joie d'un historien, tant par les livres qu'on y trouve que par le plafond, en bois d'époque et en mavons (petites dalles en terre cuite faites à la main). « C'est mon antre personnelle. J'y conserve des souvenirs de famille, des diplômes, des photos et des tableaux bien sûr. L'histoire et la peinture sont mes deux passions ». Avant même de s'en être aperçu, le visiteur est entraîné dans le temps par ce conteur un peu magicien. Il évoque son enfance pendant l'Occupation, l'entrée en Résistance de sa famille, mais aussi son entrée dans l'ordre de Malte. « Un ordre souverain, catholique et militaire », dont il est devenu chevalier en 1992, après « avoir servi sept ans et fait plusieurs pélerinages à Lourdes ».
En montant à l'étage, on découvre les racines napolitaines de Léopold Pennino, grâce à un couloir aux murs tapissés de tableaux de Naples. Et la surprise continue. Sols en parefeuille, plafonds à la française, chambre carrelée avec des tomettes d'époque. « Nous les avons démontées une par une, nettoyées et grattées avant de les replacer une par une ».
Modeste, Léopold Pennino reconnaît que ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. « Il y a près de 25 ans déjà que nous avons commencé les travaux, nous continuons toujours, notamment dans la dernière aile que nous avons finalement rachetée. Je pense qu'ils ne seront jamais finis, mais j'espère pouvoir en faire le maximum ».
Il en profite pour montrer ses dernières découvertes, comme la porte en bois qui donne sur la place de la mairie, ou encore une niche « cachée dans un mur, derrière un masque de béton ». Sans oublier la recherche constante du mobilier qui parfaira l'harmonie esthétique. Pour sa terrasse, Léopold Pennino a ainsi retrouvé deux vasques Médicis de même taille et de même motif que les originelles. « Il m'en manque encore une, mais j'espère la trouver ». En restaurant sa maison, il veut laisser une empreinte « à ma famille bien sûr, mais aussi à tout le village. C'est de la conservation de patrimoine ».
Un patrimoine qu'il rend aussi accessible au public avec notamment un grand projet. « Je voudrais ouvrir cette aile aux activités artistiques et créatives. D'ailleurs, en juin prochain, nous allons accueillir une première expo-vente de deux créatrices de sacs et de chapeaux. Et pourquoi pas, faire des concerts sur la terrasse... » Une nouvelle histoire commence.
Muriel Duny
(Article publié dans Le Républicain d'Uzès n°3269, du 20 mai 2010)
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Commentaires
17/03/2012 à 06:45:00 » leopold pennino chatelain
Auteur : Jacques Lambert
Le hasard me fait découvrir Léopold Pennino dans le Gard. Je crois l'avoir connu quand nous étions condisciples, en 1945-46, au "petit" Institut Saint-Louis, rue de Verviers, à Bruxelles. Il avait pour copain un certain Guy Demitenaere. Si vous le rencontrez, transmettez-lui les amitiés d'un ancien "jeune" Français qu'il a sûrement oublié. Merci. Jacques LAMBERTLaisser un commentaire
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