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07/11/2011 » La famille de Pougnadoresse grave son histoire dans la roche

Le château de Pougnadoresse se transmet depuis 450 ans au sein de la famille De Sorbier de Pougnadoresse. Un ancrage plus que solide dans les rochers de l’Uzège.

Marie-Thérèse et Gérard de Pougnadoresse

Quand petite et grande histoire se mêlent, cela donne parfois de belles histoires. Des histoires comme celle de la famille de Pougnadoresse. « Le nom du village vient sans doute des roches sur lesquelles il est construit », précise Gérard de Pougnadoresse. Avec son épouse Marie-Thérèse, ils sont les actuels occupants du château du village, qui est dans la même famille depuis 450 ans !

Et la lignée ne semble pas prête de s'éteindre puisqu'ils ont eux-mêmes un fils qui a deux garçons. « Pourtant, notre nom a bien failli disparaître puisque mes arrière arrière grands-parents sont décédés très jeunes avec un fils unique d'un an et mon grand-père était lui aussi fils unique ».

La famille actuelle a repris le château en 1974. « J'avais tout juste 15 ans quand mon oncle, ancien propriétaire et qui n'avait pas d'enfant, m'a demandé si je souhaitais le garder. J'ai accepté même si je connaissais très mal l'endroit, mais le village est le berceau de notre famille. Pendant longtemps, cela a été notre résidence de vacances, nous avons entrepris de gros travaux, progressivement et c'est finalement entre 1988 et 1990, à l'âge de la retraite que nous nous y sommes installés définitivement ».

Le château, vieux de près d'un millénaire, a pourtant changé plusieurs fois de mains. Dans le recueil de Lionel d'Albiousse Fiefs nobles du château ducal d'Uzès, Gérard de Pougnadoresse a ainsi retrouvé sa trace en 1156, où il est la propriété des évêques d'Uzès. En 1332, puis en 1449, il passe aux mains du Vicomte d'Uzès, c'est alors une co-seigneurie.

Il faudra attendre 1559 pour que toutes les co-seigneuries dépendent du même homme : Honoré Le Chantre, qui deviendra officiellement propriétaire en 1562. Honoré Le Chantre est l'ancêtre de Gérard De Sorbier. « Il y a eu un changement de nom en 1780, puisqu'il n'y avait plus d'héritier mâle. Marie Le Chantre a alors épousé Jean-François De Sorbier de la Comdamine, officier originaire de St-Quentin » explique Gérard de Pougnadoresse.
« Mon aïeul a participé à la guerre d'indépendance des États-Unis aux côtés de La Fayette, ce qui me vaut d'être membre aujourd'hui de la Société des Cincinnatti, qui rassemble tous les descendants des officiers ayant combattu en Amérique ».

La paix ne régna pas toujours à Pougnadoresse . « En 1645, le château a été assiégé par Gondin-Servezanne, le propre beau-frère du propriétaire de l'époque. Ce dernier a d'ailleurs été tué pendant l'assaut de la nuit. Quatorze ans plus tard, ses deux fils ont mené une expédition punitive et ont tué à leur tour Gondin-Servezanne. Cela leur a valu une condamnation à mort. Ils se sont réfugiés en Avignon et se sont constitués prisonniers pour pouvoir plaider leur cause auprès du roi Louis XIV, qui les a graciés et réhabilités ».

À la même époque, un autre aïeul de la famille, François de Posquières, originaire d'Aramon, est également connu pour avoir fondé l'Ordre de la Boisson, compagnie bachique et joyeusement raffinée qui prêchait le « maintien du bon goût et du bel esprit nonobstant les repas pantagruéliques arrosés de bons vins ».
Le château de Pougnadoresse est aussi très riche d'histoire, avec sa plus vieille tour qui date de l'époque carolingienne (an 1000), sa double enceinte fortifiée du XIIe siècle et, surtout, sa grosse tour qui servait autrefois de glacière. L'histoire de la famille se mêle aussi à l'histoire de France, puisque le château a souffert pendant la Révolution notamment en 1790, où tous les documents ont été brûlés « malgré la mobilisation des habitants du village qui sont montés au créneau pour défendre les propriétaires ». En 1793, l'aile ouest a été incendiée, le pont-levis et les échauguettes ont été complètement détruits.
Gérard de Pougnadoresse et son épouse ouvrent volontiers leur jardin aux visiteurs, notamment pendant les visites guidées du village ou, à la demande, pendant les Journées du patrimoine.
Muriel Duny

(Article paru dans Le Républicain d'Uzès n°3284, du 2 septembre 2010)

 

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