AccueilPays d'UzèsArchéologie : Massargues, cité médiévale, se dévoile

Archéologie : Massargues, cité médiévale, se dévoile

De jeunes archéologues dévoilent ce qui pourrait s’apparenter à l’un des premiers bourgs médiévaux français, datant du XIIe siècle. La préservation du site situé à Saint-Quentin-la-Poterie va permettre de répondre à de nombreuses hypothèses.
L'équipe de jeunes archéologues est à pied d'œuvre pour mettre au jour les détails de la cité médiévale de Massargues à Saint-Quentin-la-Poterie.
Alban Laffitte - L'équipe de jeunes archéologues est à pied d'œuvre pour mettre au jour les détails de la cité médiévale de Massargues à Saint-Quentin-la-Poterie.

Pays d'Uzès Publié le ,

C’est parti pour au moins trois étés de recherches. Débutées le mercredi 13 juillet, non loin du domaine de Castelnau à Saint-Quentin-la-Poterie, des fouilles archéologiques programmées visent à mettre au jour une villeneuve datant du XIIe siècle : Massargues.
Impulsées par l’association l’Uzège, qui assure une partie du financement de l’opération grâce à un mécénat d’entreprises mais également par des aides de la Région Occitanie et du ministère de la Culture, ces fouilles seront étalées sur au moins trois périodes estivales.

« Nous faisons appel à une vingtaine d’archéologues encore en formation pour mettre en place un chantier-école, présente Samuel Longepierre, responsable du projet. Cette première session s’achèvera le 5 août et nous reprendrons l’été prochain ».

L’archéologue professionnel a repéré les lieux en 2004, alors qu’il préparait sa thèse à proximité. « J’ai repéré des pierres droites qui ressortaient d’une végétation très dense sur toute la zone. J’avais noté que les lieux pouvaient être dotés d’un bon potentiel archéologique ». En 2018 et après un gros travail de débroussaillement réalisé avec le Centre socio-culturel intercommunal de Saint-Quentin-la-Poterie, une campagne probatoire pour évaluer le potentiel du site a été mise en place.

« Nous avons compris que le site était vaste et très bien préservé. Aujourd’hui, on peut dire que Massargues s’étend sur environ trois hectares. La ville a été abandonnée autour du XIIIe siècle et aucune activité humaine ne l’a recouverte ou détruite, comme cela peut-être le cas pour d’autres cités médiévales. Ce qui en fait un site exceptionnellement bien conservé et donc très utile pour étudier la vie et les façons dont se développent les villes à l’époque ».

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Un des premiers bourgs français

Même si les fouilles n’en sont qu’à leurs prémices, les premières confirmations aux hypothèses apparaissent. Parmi elles, l’idée que Massargues est un « prototype des aménagements des cités médiévales telles que Marseille ou Toulouse, ce qui pourrait en faire, à ma connaissance, un des premiers bourgs français », avance avec prudence Samuel Longepierre. En effet, des projets de fouilles dans ces grandes villes ont permis de mettre au jour de très petites portions pour étudier l’aménagement des maisons et des rues de l’époque. Le site de Massargues, sur une telle superficie, permettrait de vérifier toutes ces informations.

« À l’époque, les villages s’étendaient sur la moitié d’un hectare avec une densité de population assez faible. D’après les premières fouilles, on remarque que plusieurs murs se suivent ou sont proches pour délimiter les différentes habitations. Il faudra le vérifier par la suite ».

Le professionnel amène ainsi l’idée d’une population qui s’agglomère, avec différentes zones déjà mises au jour.
L’une des premières zones étudiées témoigne de constructions plutôt haut de gamme, avec notamment des traces de toiture en lauze, un matériau assez lourd, de la pierre de taille, des murs assez épais et, par endroits, du mortier qui témoignerait de la présence de cuves dans certaines habitations. « On remarque également plusieurs aménagements extérieurs comme une viabilisation assez poussée afin de créer un plan d’urbanisme ».

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En apprendre plus sur une population méconnue

Tous ces éléments poussent à penser qu’une partie de la population de cette villeneuve s’apparente à la bourgeoisie.
D’après plusieurs découvertes historiques, celle-ci apparaîtrait autour du XIIe siècle avec le phénomène de se regrouper dans de petites agglomérations. « D’après les recherches de Jacques Thiriot sur des ateliers de poterie sur le territoire, il y avait un complexe de potiers aux abords de Saint-Victor-des-Oules. Nous pourrions donc raccrocher la population de Massargues à des notables ». Samuel Longepierre note ainsi que l’étude de ces habitations apporterait une lumière sur une population peu étudiée.

« Contrairement à l’aristocratie, que l’on peut étudier grâce aux châteaux, la bourgeoisie reste assez méconnue », précise l’archéologue.

Plus loin sur le site, une autre équipe de jeunes archéologues est à pied d’œuvre pour nettoyer une zone qui s’apparente à des habitations plus petites et plus modestes. « Nos moyens ne sont pas très importants alors il faut bien cibler nos zones de fouilles, poursuit l’archéologue. Petit à petit, nous pourrons confirmer nos premières trouvailles et avoir des surprises ». Et une surprise a retenu l’attention du responsable : une conduite d’eau très bien conservée aux abords de plusieurs habitations. « Nous ne savons pas encore si cela servait aux eaux usées ou à l’eau courante. Nous avons fait venir un sourcier de Vallabrix qui a repéré une source à proximité de cet aménagement. Elle pourrait se trouver une centaine de mètres sous nos pieds. On ne s’y attendait pas du tout, c’est un autre signe de viabilisation qui conforte nos premières hypothèses ».

Le comte de Toulouse à l’origine de Massargues

Les fouilles vont donc se poursuivre pendant au moins trois ans mais déjà plusieurs éléments historiques peuvent être raccrochés à Massargues.

« Nous savons que cette villeneuve a été créée par le comte de Toulouse, qui était très puissant à l’époque et qui se partageait le territoire du Languedoc avec l’évêque d’Uzès, lui aussi très influant. C’était un emplacement stratégique puisque Massargues était situé dans un axe majeur de la vallée du Rhône qui remontait vers le Puy-en-Velay ».

Au-delà de l’importance géographique, le comte instaure une certaine fidélité avec le modèle de développement de la cité. « On note sur les premières fouilles que certaines habitations ont pu s’agrandir au fil du temps », ajoute Samuel Longepierre.
Cette fidélité peut s’expliquer par la relative liberté qu’offrait le concept de villeneuve à l’époque. « Le comte de Toulouse octroyait le plein droit de propriété aux habitants. Ils disposaient peut-être même de leur propre système judiciaire. Un pourcentage des revenus de ce que les habitants produisaient allait dans les caisses du comte mais il n’y avait pas d’autres impôts ».
L’archéologue et son équipe de jeunes chercheurs vont poursuivre leur travail de fouille pour le coupler aux données historiques pour ainsi éclairer un pan de l’histoire locale jusqu’ici oublié. Des réponses plus concrètes arriveront d’ici trois ans.

Deux chefs de secteurs pour encadrer une équipe de 18 jeunes archéologues

Thomas Leveziel est titulaire de deux masters en archéologie et histoire médiévales. Ce Normand d’origine, rattaché à l’Université de Rennes, prépare une thèse en archéologie médiévale sur les élites rurales. Lucille Brevet, qui a obtenu un master en archéologie professionnel il y a 10 ans, multiplie depuis les fouilles en France. Tous deux sont chefs de secteur pour ce projet de recherches sur le site de Massargues et coordonnent les fouilles des 18 jeunes archéologues encore formation dans toute la France.

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