AccueilUzèsPasteur ukrainien à Uzès : transmettre l'espoir

Pasteur ukrainien à Uzès : transmettre l'espoir

Le pasteur Ruslan Marchenko est arrivé mi-novembre à Uzès pour rencontrer la communauté protestante locale. L’occasion de retrouver sa femme Irina et leurs deux enfants.
Ruslan Marchenko a retrouvé sa femme Irina, réfugiée en France depuis le mois de mars.
Émeline Bertel - Ruslan Marchenko a retrouvé sa femme Irina, réfugiée en France depuis le mois de mars.

Uzès Publié le ,

C’est une scène particulièrement émouvante qui s’est déroulée devant l’école Sainte-Anne mardi 15 novembre 2022. À la sortie des classes, deux enfants ont retrouvé leur père, Ruslan Marchenko, qu’ils n’avaient pas vu depuis plus de six mois. Ces petites têtes blondes, âgées de 11 et 7 ans, n’étaient absolument pas au courant que leur père venait d’atterrir en France, quelques heures plus tôt. Avec leur mère Irina Marchenko, ils ont fui la guerre en Ukraine et sont arrivés en France en mars dernier. « Même si les enfants se languissent de l’Ukraine et que c’est parfois difficile pour eux à cause de la barrière de la langue, on se sent en sécurité à Uzès. C’est une petite ville, on se sent protégé, à l’abri », sourit Irina. Son mari Ruslan est resté au pays mais est actuellement de passage à Uzès pour quelques jours.

Rester et aider

Pasteur dans deux églises protestantes près de Kiev, Ruslan vient en aide aux personnes âgées ou dans le besoin. Le dimanche, il fait le culte pour les fidèles. Comme de nombreux Ukrainiens, il voit la guerre de loin et n’imagine pas qu’elle pourrait atteindre la capitale. « Avant, la plupart des gens ne croyait pas que la guerre serait longue. Ils pensaient que ça se limiterait au Donbass et à la Crimée mais pas dans toute l’Ukraine ». Mais, le 24 février, l’invasion russe surprend toute la population. « Un ami nous a téléphoné vers 6h pour nous demander si tout allait bien, pour savoir ce qu’il se passait à Kiev. On ne comprenait pas car on dormait tous. C’est là qu’il nous a dit que la guerre avait commencé », se souvient-il.

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Durant les premières 24 heures, les soldats ukrainiens ont commencé à prendre position autour des toits, à construire des barricades pour sécuriser les lieux. « On voyait ce qu’il se passait à Marioupol et on pensait que les Russes allaient prendre Kiev par les deux côtés ». Rapidement, sa femme prend la décision de quitter la capitale avec ses enfants. La famille est obligée de prendre un taxi pour se rendre à la gare avant d’être évacuée vers l’ouest de l’Ukraine. Par chance, Irina connaît une Ukrainienne qui vit près d’Uzès depuis une vingtaine d’années et décide de rallier la cité ducale.

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Après le départ de sa famille, Ruslan s’est concentré sur des actions humanitaires. Lui qui avait rencontré des réfugiés des régions occupées depuis 2014 vit désormais au cœur du conflit. « Je suis resté par choix, pour les gens de mon église. J’ai fait une réunion Zoom (vidéo-conférence) pour dire que je ne partais pas mais j’ai aussi incité les gens à partir à l’ouest, pour leur sécurité ». Si les premiers offices après le début du conflit se sont déroulés par Zoom, le pasteur a pu les reprendre en présentiel une quinzaine de jours après l’invasion. « Mais il y avait des problèmes de transport, les fidèles avaient des difficultés à se rendre à l’église », poursuit Ruslan. Tous les jours, le pasteur récupère des médicaments pour les personnes dans le besoin. Plus tard, grâce à l’aide humanitaire internationale, Ruslan a pu récupérer une voiture afin de livrer des médicaments aux campagnes environnantes de Kiev, l’oblast (province) de Tchernihiv. C’est sur ces routes que le pasteur a vécu ses plus grandes peurs, à cause des mines laissées par les Russes.

Des rendez-vous à l’église évangélique

Ces derniers mois, Ruslan a pu garder contact avec sa famille grâce aux réseaux sociaux et à Internet. Mais le pasteur n’avait pas pu se rendre en France la voir. C’est grâce au comité pour l’ethnopolitique et la liberté de conscience, lancé par le Gouvernement ukrainien, que Ruslan a pu quitter le pays pour intervenir dans un établissement protestant en France et rendre visite à sa famille. Durant son passage à Uzès, Ruslan a animé différents temps de prière, à l’église évangélique de l’Uzège avec notamment, le dimanche 27 novembre 2022, une conférence sur le thème « Comment surmonter la douleur et la peine ? ».

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Car le pasteur doit rendre des comptes au service d’État qui lui a permis ce voyage. « C’est parce qu’il est pasteur qu’il a pu quitter le territoire ukrainien mais il doit rapporter tout ce qu’il fait ici, les services qu’il donne, les villes qu’il visite, précise Felly Yoka, pasteur à l’église évangélique de l’Uzège, qui a invité son homologue. Il vient évidemment pour retrouver sa famille mais il va faire des services et rencontrer les Ukrainiens de l’Uzège ».

D’ici le 4 décembre 2022, Ruslan rejoindra Kiev. Là-bas, la vie reprend normalement, petit à petit. « Il y a de quoi manger et les transports fonctionnent de nouveau normalement. Mais périodiquement, des missiles russes survolent la ville. Et deux fois par jour, il y a des coupures d’électricité », détaille-t-il. Éternel optimiste, le pasteur croit dur comme fer à la victoire des Ukrainiens, « si les alliés poursuivent leur soutien car les Russes ne comprennent que la force. Les soldats sont optimistes, ils portent l’espoir de la nation ».

Le Républicain d’Uzès et du Gard remercie Sergey Kuksa pour son excellent travail de traduction lors de l’interview.

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