AccueilPont du GardViticulture en Uzège : dans les vignes, l'eau cristallise les débats

Viticulture en Uzège : dans les vignes, l'eau cristallise les débats

Alors que les vendanges touchent à leur fin, divers élus sont allés à la rencontre des viticulteurs lors d’une visite à la cave coopérative de Saint-Hilaire-d’Ozilhan. Au cœur des discussions, la sécheresse de l’été passé et le coût du foncier.
Élus locaux et nationaux sont allés à la rencontre des viticulteurs du territoire.
Émeline Bertel - Élus locaux et nationaux sont allés à la rencontre des viticulteurs du territoire.

Pont du Gard Publié le , Émeline Bertel et Mathilde Roux

Problèmes liés à l’eau et à l’irrigation, envolée du prix du foncier et vendanges... Un beau programme et une matinée chargée pour le sénateur Laurent Burgoa reçu mercredi 21 septembre 2022 à la cave coopérative de Saint-Hilaire-d’Ozilhan afin de rencontrer les professionnels de la filière du vin du territoire. Denis Verdier, président de la cave coopérative Costières et soleil et président des IGP du Gard, était également présent.

L’irrigation des vignes au cœur des débats

Cette matinée a débuté par un rapide point concernant les vendanges 2022, qui se poursuivaient à quelques mètres de là, dans les vignes de la coopérative. « Nos récoltes étaient assez belles jusqu’à mai. Puis on a subi trois mois de chaleur et de sécheresse. Les récoltes ont fondu comme neige au soleil, détaille Thierry Deville, président de la cave coopérative. Les parcelles irriguées ont plus ou moins survécu même si le système a ses limites. Sur la cave coopérative de Saint-Hilaire-d’Ozilhan, cela représente un manque de 25% ». Une appréhension que n’ont pas caché ses confrères présents lors de la réunion. « C’est maintenant ou jamais. Dans 10 ans, il n’y aura plus d’eau, il n’y aura plus personne non plus », a lancé au sénateur l’un des viticulteurs présents, lassé des lourdeurs administratives françaises et européennes.

Dans le monde de la vigne, l'union fait la force

Face à cette situation, Laurent Burgoa a rappelé qu’une étude portant sur l’irrigation des vignes « dormait » dans un tiroir du conseil départemental depuis deux ans et demi. L’idée serait de construire des retenues collinaires afin de capter l’eau qui passe à travers les pluies. « Il nous faut une vision globale pour arriver plus vite à avoir des financements nationaux européens, a souligné le sénateur qui a annoncé vouloir se battre pour ces projets. Oui, il faut aller vite, mais si on continue à partir tout seul comme ça, on est mort. Il faut fédérer. Seule une vision globale portée par différents territoires peut peser à Paris ou à Bruxelles ». D’autant plus que le changement climatique semble s’accélérer et que les épisodes, comme le territoire en a connu cet été, devraient se répéter à l’avenir. Ce qui inquiète aussi les élus qui ont peur de voir disparaître les vignes des paysages et ainsi, une partie du capital touristique du territoire.

Permettre aux jeunes de s’installer

Si le sujet de l’eau a cristallisé une partie du débat, Denis Verdier a souhaité présenter un autre projet dont il est l’initiateur : un outil financier permettant à toute personne d’investir dans le vignoble gardois et de prendre des parts sociales à partir de 1 000 €.

Viticulture : les surcoûts inquiètent les vignerons

Ce fonds permettrait aux jeunes agriculteurs, bloqués par le prix du foncier, de pouvoir s’installer tout en empêchant de grands groupes étrangers de s’installer sur le territoire. « Dans le Gard, 50% des viticulteurs ont plus de 50 ans. Environ 20 jeunes s’installent tous les ans sur le département, c’est insuffisant pour le renouvellement », a indiqué avec gravité le président des IGP du Gard. Ainsi, le projet des Vignobles associés viendrait en aide aux jeunes viticulteurs en peine. Une sorte de financement participatif pour que chacun puisse devenir copropriétaire d’un vignoble. Et pour ceux qui investissent, c’est gagnant-gagnant car les financeurs profitent de déduction d’impôts mais aussi de bénéfices en nature sous forme de bouteilles de vin pour goûter le fruit de leur investissement.

Ferme ouverte avec la Conf’ paysanne

C’est à Montaren-et-Saint-Médiers que la section gardoise de la Confédération paysanne a organisé la journée Ferme ouverte, le 21 septembre 2022. Et plus précisément dans la Ferme des clos d’Uzès, l’exploitation de Sophie Mazon et Remi Balmassière. Installé depuis deux ans, le couple cultive 7 000m2 en bio en utilisant notamment l’agroforesterie et la permaculture. Des critères qui répondaient à ce que cherchait la Confédération pour organiser sa "rentrée syndicale". « Bien sûr ce n’est pas un hasard, reconnaît Paul Ferté, le porte-parole de ce syndicat qui compte une centaine d’adhérents dans le département. Le thème de l’année, "Partager la campagne", englobe la lutte contre l’artificialisation des sols qui se joue dans la commune contre la Zac des Sablas». En effet, Sophie Mazon est la présidente du Collectif de sauvegarde de l’Uzège, qui s’oppose fermement au projet de zone d’aménagement concertée porté par la Communauté de communes du Pays d’Uzès.
Cette journée qui sert aussi de tremplin à la fête de la Confédération qui a eu lieu le 2 octobre 2022 à Garrigues-Sainte-Eulalie consistait à échanger autour des enjeux de l’agriculture aujourd’hui, particulièrement autour du thème de Partager la campagne. Les deux jeunes agriculteurs ont d’abord présenté leur ferme, qui compte deux ateliers principaux : le maraîchage et l’apiculture. Haricots, tomates, betteraves, blettes, ruches, « nous souhaitions être diversifiés », explique Sophie Mazon. La terre sableuse nécessite un besoin en matière organique plus conséquent c’est pourquoi ils font trois sortes de composts, « ensuite, c’est très facile à cultiver ».
Face à elle, les maires de Vallabrix, Bernard Rieu, et Garrigues, Didier Kielpinski mais aussi la conseillère régionale Aurélie Genolher, des agriculteurs et agriculteurs retraités ainsi que Pierre Michel, fils d’agriculteur, qui a vendu le terrain au couple et qui est par ailleurs chasseur. « On pose souvent une situation de conflictualité entre les agriculteurs, les chasseurs, les randonneurs, les riverains, notre but cette année est d’échanger autour de cela, amorce Pierre Ferté. Tout est lié ».
Différents sujets ont été abordés lors de cette journée comme les difficultés et aléas auxquels doivent faire face les agriculteurs. «Il faut déjà permettre à ceux qui s’installent de vivre décemment. Il y a les problèmes climatiques, les retraites, le foncier, alors que c’est l’un des secteurs économiques les plus importants du Gard ». « Il faut vraiment trouver des solutions pour le foncier », appuie Rolland Prosper, agriculteur retraité. « Il faut du courage pour s’installer aujourd’hui », ajoute Didier Kielpinski. La diversité des cultures dans le département a aussi été discutée dans un département où la viticulture prend de plus en plus de place. « Cela a d’abord été fait pour une question de survie, quand le maraîchage a dû faire face à la concurrence des hypermarchés », avance Paul Ferté.
Le thème 2022 inclut également l’enjeu de la ressource en eau « en tant que bien commun. Pour ne pas arriver à une guerre de l’eau, il faut se mettre autour de la table maintenant », presse la conseillère régionale. Cette année, Sophie Mazon et Remi Balmassière ne devraient obtenir qu’une demi-récolte à cause de la sécheresse. « Il est aussi question de préserver la nappe souterraine, car si la quantité est là, la qualité est à travailler », complète l’agriculteur. Pour limiter l’irrigation et maintenir la terre la plus fertile possible, ils ont donc opté pour le paillage et l’agroforesterie, qui consiste à planter des arbres pour avoir de l’ombre sur les cultures, favoriser la biodiversité... Des solutions posées sur la table pour faire avancer l’agriculture de demain.
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